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Je m’appelle Florian, j’ai 45 ans et je vis dans une petite ville du sud de la France.
Avant cette période sombre, j’étais une personne joyeuse, ouverte, souriante et rayonnante. J’aimais la vie, les autres, et j’avançais avec enthousiasme. Malgré un équilibre professionnel et familial qui, en apparence, était bon, une accumulation de difficultés — maladie, décès de proches, séparation sentimentale et échec professionnel — m’a peu à peu fragilisé, sans que je m’en rende compte. Avec le recul, je sais aujourd’hui que tout peut arriver, même quand tout semble stable, et que cela n’arrive pas qu’aux autres.
C’est à l’âge de 36 ans que j’ai commencé à me détruire. Dans cet état de vulnérabilité, j’ai pris un mauvais chemin, en fréquentant des personnes pratiquant le chemsex et en consommant des drogues de synthèse. Au fil du temps, je me suis perdu. Pendant sept ans et demi, j’ai perdu énormément de temps, d’énergie et, surtout, de confiance en moi. Je me suis progressivement détruit : perte du respect de ma propre personne, profonde souffrance intérieure et douleur infligée, malgré moi, à mes proches.
Le point de basculement est arrivé lorsque j’ai compris que quelque chose n’allait plus du tout, que la situation m’échappait complètement. Un événement grave a agi comme un électrochoc : des menaces suicidaires dirigées contre ma personne. À cet instant, j’ai pris conscience que j’étais allé trop loin et que ma vie était en danger. Quelque chose s’est alors retourné en moi.
La reconstruction a commencé par des décisions essentielles. J’ai arrêté le tabac en décembre 2024, puis le chemsex en janvier 2025. Pour me donner toutes les chances de m’en sortir, j’ai également fait des choix difficiles mais indispensables : j’ai changé mon numéro de téléphone afin de ne plus recevoir de sollicitations liées au chemsex, j’ai cessé de fréquenter certaines personnes que je considérais comme des amis, mais qui entretenaient en réalité ce mode de vie, et j’ai supprimé les applications qui me maintenaient dans ces schémas destructeurs.
Depuis l’arrêt du chemsex, je reprends peu à peu confiance en moi. Le sport est devenu un véritable pilier dans ma vie, notamment la musculation et le fitness, que je pratique quatre fois par semaine. Afin que cette pratique reste saine et équilibrée, je suis accompagné par un coach sportif.
En parallèle, je suis suivi par une addictologue, une sexologue et une psychologue, afin de mieux comprendre mes comportements et d’apprendre à mieux gérer mes émotions.
Aujourd’hui, je poursuis ce chemin de reconstruction avec humilité, engagement et détermination. Même si je regrette le temps et l’énergie perdus, je choisis désormais d’avancer.
À celles et ceux qui traversent une situation similaire, je voudrais dire une chose essentielle : il ne faut surtout pas culpabiliser ni s’en vouloir. Il est important d’apprendre à se pardonner les erreurs du passé. Le passé ne doit pas nous définir, mais nous renforcer. Il fait partie de notre histoire et peut devenir une force si l’on accepte de l’affronter. Pour avancer, il faut apprendre à regarder devant soi, un pas après l’autre.
Ce parcours n’est pas simple, mais il est possible. Et si mon témoignage peut apporter de l’espoir, de la vigilance ou du courage à ne serait-ce qu’une seule personne, alors il aura déjà rempli son rôle.
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Mon père est décédé dans un accident de voiture, lié à la prise de stupéfiants, lorsque j’avais 4 ans.
Je m’étais promis de ne jamais toucher à la drogue, douce ou dure. Pourtant, arrivé à l’âge de 28 ans, l’âge qu’il avait lorsqu’il est décédé, j’ai sombré dans le chemsex. J’avais besoin de soigner une plaie qui n’avait jamais cicatrisé. Je n’avais jamais fait le deuil.
Pourtant, j’étais en couple, j’avais des amis, un job, une vie sociale, mais j’ai perdu pied et s’en est suivie une longue période de descente en enfer. J’ai commencé à être absent au travail, à voir de moins en moins mes amis, à être défoncé à mon travail, etc., jusqu’à me sentir très isolé. Je me suis rendu dans un service d’addictologie à l’hôpital public, mais on m’a dit, après plusieurs séances avec un psy, que je n’avais pas de dépendance mais une conduite à risque. J’alertais en disant que ça allait mal finir et je considère que je n’ai pas été pris au sérieux !
Et 2019 fut l’année où tout a basculé : le verdict tombe, j’ai le VIH. Cet événement a réduit ma vie et la vision que j’ai de moi-même. J’ai failli divorcer, le sentiment d’isolement s’est encore plus intensifié, j’ai perdu absolument tous mes amis, j’ai perdu l’estime que j’avais de moi. Je ne me suis jamais senti aussi seul.
Mais finalement, je me suis accroché, j’ai débuté une thérapie pour essayer de comprendre, avancer, me pardonner.
Le travail a été long et difficile, mais jour après jour, je me sens mieux. Et je culpabilise moins. J’ai même eu la chance de devenir papa il y a quelques mois. Ma relation aux stupéfiants a complètement évolué puisque j’ai cessé d’en prendre, même s’il faut bien le reconnaître, le « craving » n’est jamais loin.
Petit à petit, je me reconstruis et c’est le plus important. Apprendre à s’aimer et se pardonner, c’est la clé !
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Mon histoire, c’est avant tout celle d’un amour fraternel, d’un lien indescriptible entre une petite sœur et son grand frère.
Et puis un jour, tout a basculé.
Maxime était un avocat brillant, un homme de valeurs et de principes. Il était solaire, souriant, organisé, faisant très attention à chaque détail. Hypersensible, particulièrement attentionné, aimant et profondément intelligent.
Quand il était là, il était comme un aimant d’amour. On voulait rester des heures à discuter avec lui. Empathique, avec des connaissances sur tous les sujets, amoureux de la vie, mon grand frère était un cœur, une lumière. Quelqu’un que j’ai aimé à la première seconde de ma vie et avec qui je ne faisais qu’un.
Et puis un jour, il a essayé la 3-MMC.
Et sans qu’il le sache, sans que je le sache, c’était déjà la fin.
Aucun signe alarmant avant les deux dernières semaines de sa vie.
Aucun élément inquiétant avant la veille de son décès.
Il a tout gardé pour lui. Il s’est battu seul.
En tant que petite sœur, c’est ce qui me fait le plus de mal aujourd’hui, car j’aurais tout donné pour que son combat soit le mien.
Il m’avait dit qu’il prenait, de temps en temps, quelque chose qui l’aidait à lâcher prise.
Je lui faisais confiance. Je respectais son intimité.
Je n’ai pas osé poser plus de questions. Il n’a pas osé m’en parler.
Deux ou trois discussions sur le sujet en trois ans de consommation, et à chaque fois, j’ai eu des réponses rassurantes. Des réponses auxquelles on veut croire. Surtout, rien qui pouvait me montrer qu’il y avait un problème. Rien.
Alors que nous étions fusionnels.
Alors que je pensais tout savoir.
Je ne savais, au final, rien. En tout cas pas l’essentiel : son addiction.
Peut-être une volonté de me protéger de son côté.
Peut-être, de mon côté, une confiance aveugle.
Dans le silence, face à mon frère qui fonctionnait, riait, allait travailler tous les jours, excellait dans ses missions juridiques, passait ses week-ends en Europe et dans les rues de Paris, venait nous voir régulièrement en famille, le piège s’est refermé.
Sur lui. Sur nous.
Lorsque j’ai vu les premiers signes, il était déjà trop tard, quelques jours à peine avant son départ.
J’ai essayé de comprendre, de lui en parler, d’être là.
Le jour de son décès, j’avais prévu d’avoir une discussion avec lui. Parce que j’avais compris. Compris qu’il y avait un problème, sans qu’il me le dise.
En quelques jours, j’ai vu mon frère devenir différent.
Et je n’ai pas eu le temps.
Une fraction de seconde.
Un cerveau qui n’était plus le sien.
Un accident tragique.
Un appel au 18 que j’ai passé quarante minutes après le drame, sans même le savoir.
Une chute.
La chute.
Et c’était la fin.
Son corps a dit stop.
Devoir l’annoncer à ma maman qui ne savait rien.
Comprendre tout ce qu’il y avait derrière le chemsex et la 3-MMC seulement au moment de son décès.
La culpabilité, les regrets, l’incompréhension, le traumatisme.
Et si j’avais pu sauver mon frère ?
Et si… et si.
Le cœur déchiré pour le restant de ma vie.
S’en est suivi un deuil traumatique : des reviviscences, des flashs, une enquête, l’institut médico-légal, le rapport du tribunal avec chaque détail écrit.
Ma maman qui pleure.
Et moi, qui me retrouve seule à ses côtés, sans mon grand frère.
À cause d’une ligne.
À cause d’une fois.
La fois de trop.
Il avait 31 ans.
Et il n’aurait jamais dû mourir.
Ce n’était pas lui, ce jour-là.
Les cathinones l’ont tué.
Une poudre blanche l’a détruit, sans même qu’on s’en rende compte, sans même qu’il s’en rende compte.
Elle lui a fait perdre la vie qu’il méritait tellement de vivre encore.
Et elle m’a fait perdre la moitié de mon cœur à tout jamais, alors que j’aurais dû l’avoir encore pour tellement d’années.
Je veux qu’on se souvienne de mon frère comme de quelqu’un de solaire, fort, courageux, qui a réussi sa vie, qui l’a vécue pleinement.
Quelqu’un de profondément éveillé sur lui-même, qui n’avait pas du tout le profil de devenir consommateur de drogues dures.
Cette mort en sachet emporte tout sur son passage. Tout.
Alors s’il vous plaît, pour lui, parlez à vos sœurs, à vos frères, à vos mères, si quelque chose ne va pas.
Tu me manques à chaque minute.
Alors je me battrai jusqu’au dernier jour, pour toi et pour l’éradication de ce fléau.
Ton cœur gagnera, car il bat maintenant dans le mien.
Ta petite sœur qui t’aime plus qu’elle-même.
Mon frère est décédé en 2025 à Paris.
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J’ai commencé à consommer des drogues à l’âge de 17 ans. À cet âge-là, j’étais un garçon profondément mal dans ma peau. Mon rapport à mon corps était douloureux, chargé de honte et de rejet. J’ai grandi avec l’homophobie, la grossophobie, les regards, les insultes, la violence parfois silencieuse mais constante. Très tôt, j’ai intégré l’idée que je n’étais pas désirable, que je devais me cacher, me modifier, me faire oublier.
C’est dans ce contexte que j’ai rencontré un homme plus âgé que moi. Il a été l’un des premiers à me donner de l’attention, à me faire sentir “vu”. Il m’a aussi initié à la cocaïne. Très vite, trop vite, je suis tombé dans l’addiction. La cocaïne est devenue un refuge, un masque, un moyen de tenir debout, de faire taire ce que je ressentais à l’intérieur. Je n’avais pas conscience que je venais d’entrer dans un engrenage qui allait durer quinze ans.
Ensuite, il y a eu le milieu festif. Les soirées, les clubs, les afters. Un monde où la consommation était banalisée, encouragée, presque valorisée. J’y ai découvert d’autres drogues, encore et encore. La consommation s’est intensifiée, diversifiée : c’était de la polyconsommation massive, sans limites, sans pauses. J’ai vécu à l’étranger, notamment à Montréal, et c’est là que j’ai découvert la Tina, le crystal meth. Une drogue d’une violence extrême, qui m’a happé complètement, autant psychiquement que physiquement.
Pendant quinze ans, ma vie a été rythmée par les produits. J’ai fait des overdoses, j’ai flirté avec la mort à de nombreuses reprises. J’ai perdu des gens autour de moi : des amis, des copains, des personnes de la fête. Certains sont morts. D’autres ont disparu. À force, la mort est devenue presque normale, intégrée au décor. Mais à l’intérieur, ça laissait des traces immenses, une accumulation de deuils jamais vraiment faits.
Puis sont arrivées les nouvelles drogues de synthèse : les cathinones, le GBL/GHB. Et là, la consommation s’est liée directement à la sexualité. J’ai plongé dans le chemsex pendant plusieurs années. Là encore, ce n’était pas un hasard. J’étais toujours ce garçon mal dans sa peau, qui ne se sentait pas désirable, pas digne d’être aimé ou désiré sobre. Les drogues sont devenues un moyen de m’autoriser à exister sexuellement, à me sentir accepté, voulu, même si ce n’était qu’une illusion. Le chemsex m’a donné l’impression, un temps, d’être enfin “assez”. Mais ça a été dramatique. Des violences, des pertes de contrôle, des mises en danger extrêmes, une destruction lente mais profonde.
Aujourd’hui, j’arrive bientôt à trois ans d’abstinence et de sobriété. Rien n’a été simple. Arrêter, c’est affronter tout ce que les produits anesthésiaient : les traumatismes, la honte, la solitude, la peur. Mais grâce à un véritable parcours de soins, à des psychologues, des addictologues, à un accompagnement sérieux et bienveillant, j’ai pu reconstruire quelque chose. Pas à pas.
De ce chemin est née l’association Chems Pause. Je l’ai fondée parce que j’en avais marre de voir les gens mourir. Marre d’assister impuissant à cette hécatombe silencieuse. Parce que j’ai vu, de l’intérieur, qu’il y avait une vraie crise, une véritable épidémie, et que fermer les yeux n’était plus possible. Aujourd’hui, à travers Chems Pause, j’accompagne les personnes qui veulent arrêter le chemsex, arrêter la consommation de produits psychoactifs, retrouver une dignité, une vie, une possibilité d’avenir.
Mon témoignage, je le partage pour celles et ceux qui se reconnaissent, pour dire que oui, on peut s’en sortir, même après des années de chaos. Et aussi pour rappeler que derrière les consommations, il y a presque toujours des blessures, des discriminations, des solitudes. Ce n’est pas une question de faiblesse. C’est une question de survie. Et aujourd’hui, je choisis la vie.
Jean-Patrick, 34 ans. Paris.
T-20251229-3830
Je suis une maman âgée de 69 ans vivant dans le département de l’Hérault (34) , et j’ai vécu une épreuve très difficile avec mon fils, qui, après une accumulation de problèmes de santé et des décès familiaux, est tombé dans les drogues de synthèse et à pratiquer du CHEMSEX pendant 7 ans et demi.
Aujourd’hui, il s’en est sorti, et je suis profondément reconnaissante de voir qu’il va mieux.
Au début, lorsque je me suis aperçue qu’il consommait, il n’était plus comme avant. Il avait perdu sa joie de vivre et ne prenait plus soin de lui. Il était complètement perdu. Son comportement avait changé : il était plus agressif, impulsif, parfois même méconnaissable. Puis, progressivement, la situation a basculé.
Il est devenu de plus en plus agité, surtout la nuit. Il transpirait énormément, hurlait, parlait seul, tapait sur le matelas. Ces nuits étaient longues, éprouvantes, et je devais les affronter seule. J’étais inquiète, impuissante, et profondément angoissée.
Un jour, ce qui m’a le plus alertée, c’est lorsqu’il a parlé de suicide. Il a même pris un couteau en main en prononçant des paroles terrifiantes. À ce moment-là, j’ai compris que je ne pouvais pas rester silencieuse et que je devais encore plus l’aider et en parler.
J’ai alors réussi à en parler simplement à mon médecin, à ma voisine, à ma fille, avec qui je suis très proche, ainsi qu’à ma famille. Leur soutien m’a énormément aidée à tenir face à cette épreuve.
Aujourd’hui, ce cauchemar est terminé. Mon fils va mieux, il s’en est sorti, et pour cela je suis profondément reconnaissante. Je n’ai plus besoin d’aide, mais je tiens à témoigner pour les autres.
Je recommande aux familles qui traversent encore ce genre de situation de ne pas juger, de ne pas accuser, mais surtout de garder courage. Ce que j’ai vécu a été un véritable cauchemar, mais il est possible d’en sortir. La route est longue et semée d’embûches, mais l’espoir et l’amour peuvent changer beaucoup de choses.
Pierrette
T-20260117-6284
Il y a six mois, la drogue nous a arraché un proche. Il avait 32 ans. Trente-deux années, c’est peu, beaucoup trop peu pour une vie qui avait encore tant à offrir.
Tout s’est arrêté brutalement, laissant derrière lui un vide immense et des questions sans réponses.
Perdre quelqu’un à cause de la drogue, ce n’est pas seulement perdre une personne, c’est aussi perdre tous les espoirs que l’on avait pour elle, tous les lendemains que l’on imaginait. C’est vivre avec le regret de ne pas avoir pu faire plus, dire plus, aider autrement. La drogue ne détruit pas seulement celui qui consomme, elle brise aussi les familles, les amis, ceux qui aiment et qui restent.
Aujourd’hui encore, son absence fait mal. Son rire, sa voix, sa présence manquent chaque jour. Derrière les chiffres et les faits, il y avait un être humain, avec ses failles, mais aussi avec ses rêves, sa sensibilité et sa valeur. Il n’était pas défini par son addiction.
Ce témoignage est un hommage, mais aussi un rappel : la drogue tue, silencieusement et sans pitié. Et ceux qui partent laissent derrière eux un chagrin qui ne disparaît pas.
On pense très fort à toi Maxou 🤍
T-20251230-1298
Comment décrire en quelques mots notre sidération et notre impuissance ?
Nous n’avons compris l’ampleur des dégâts qu’au moment du décès de notre fils. Il est inimaginable, pour des parents, de traverser un deuil causé par les nouvelles drogues de synthèse. Mettre des mots sur ces maux reste, encore aujourd’hui, extrêmement difficile.
Nous n’accepterons jamais la souffrance morale et physique que tu as vécue ces derniers temps. Toutes les mains tendues, et pourtant elles ont été nombreuses, n’ont servi à rien. Plus fortes que nous, les NDS t’ont complètement retourné la tête et ont exercé une telle emprise sur ton corps que la dépendance était déjà installée.
Malgré des heures passées à essayer de comprendre, l’incompréhension demeure. Rien n’a été simple. Les violences verbales, et parfois physiques, gravissimes envers nous, tes parents, nous ont conduits à t’hospitaliser en urgence, pour te protéger avant tout, et pour nous protéger aussi. En vain.
Nous attendions énormément du corps médical. La déception a été immense. Nous avons eu le sentiment qu’ils étaient dépassés, sans réponses adaptées. Cette phrase continue de nous hanter : tu ne rentrais pas dans les cases. Le devoir d’assistance nous a semblé absent, laissant place à une errance profonde autour de nous.
Tu étais un enfant brillant, un adolescent en devenir, un adulte très intelligent, peut-être trop. Et sur ton chemin sont apparues ces drogues, présentées comme des solutions pour te rassurer, t’apaiser, te rendre plus performant. Nous ne saurons jamais vraiment quand le piège s’est refermé, mais il était déjà en place.
Nous ne voulons plus que d’autres jeunes, ou moins jeunes, soient confrontés à ce fléau et à ce sentiment de non-assistance. Nous savons aujourd’hui que nous ne sommes pas seuls : d’autres familles, comme la nôtre, sont endeuillées. Mais avant ton décès, nous l’étions déjà.
Énormément. Trop. Beaucoup trop. Lors de nos alertes, de nos témoignages, nous n’avons pas été pris au sérieux.
Pour tenir, pour essayer d’être plus forts, il nous faut avancer ensemble, main dans la main, porter nos souffrances sans les nier, dans l’espoir de limiter les dégâts futurs et d’imaginer un avenir plus serein pour d’autres.
L’amour restera à jamais.
Mais une part de culpabilité demeure : avons-nous fait tout ce qu’il fallait ?
Notre fils est décédé à Bordeaux à l’été 2025.
T-20251228-7742
C’était mon compagnon
On a partagé une vraie vie ensemble. Pas juste une relation. Un foyer, des habitudes, des rituels, des choses simples qui donnent un sentiment de sécurité. On se connaissait profondément. Il faisait partie de ma vie, de mon quotidien, de ce que je croyais stable.
Il était très attachant. Intelligent, vif, brillant même.
Il avait une présence particulière, quelque chose qui marquait. Parfois provocateur, parfois excessif, mais aussi capable d’une grande douceur quand on était seuls. Il aimait les rituels, les moments simples, cette complicité qui ne s’explique pas. C’est ça qui rend l’attachement si fort : on ne s’aime pas seulement, on habite la vie ensemble.
Je l’ai vu changer, lentement.
Pas d’un coup. Pas de manière spectaculaire.
D’abord un épuisement, une fatigue profonde. Une perte d’élan. Il continuait à avancer, mais je sentais qu’à l’intérieur quelque chose s’était fissuré. J’avais cette impression constante que quelque chose m’échappait, sans réussir à mettre des mots dessus.
Puis il y a eu les drogues.
Les cathinones surtout.
À ce moment-là, je ne savais pas à quel point ces produits étaient puissants et addictifs. Je n’en mesurais pas les effets réels. Je voyais bien que son esprit changeait, qu’il se refermait, qu’il devenait plus rigide, enfermé dans des pensées répétitives, incapable de prendre du recul. Mais je ne comprenais pas encore ce que ces substances faisaient réellement à l’esprit.
Le moment où j’ai compris que c’était grave, c’est quand j’ai réalisé que ça ne passerait pas tout seul.
Entre son burn-out, l’absence de vraies protections, et l’effet visible des produits, je l’ai vu s’enfermer de plus en plus. Et moi, je ne savais plus quoi faire. J’étais là, présent, inquiet, mais dépassé. Complètement dépassé.
J’ai essayé de l’aider. Vraiment.
Je lui ai parlé, je l’ai alerté, j’ai essayé de l’orienter vers de l’aide. Je suis resté, même quand c’était dur, même quand j’étais fatigué.
Mais je fonctionnais encore, sans m’en rendre compte, dans un cadre de pensée très culpabilisant, celui que la société renvoie souvent : volonté, choix, responsabilité individuelle. Je n’avais pas compris que ces produits pouvaient altérer profondément le discernement et enfermer quelqu’un mentalement.
Je l’ai compris après sa mort, et cette prise de conscience me fait aujourd’hui très mal.
Ce qui m’a aussi profondément marqué, c’est d’avoir eu le sentiment que les médecins eux-mêmes étaient parfois aussi perdus que moi.
Je cherchais des repères, des réponses, une direction claire, et je me heurtais souvent à des limites, des hésitations, des silences. Ça renforçait ce sentiment d’être seul face à quelque chose de trop complexe.
En tant qu’aidant, je me suis senti perdu.
Perdu dans les décisions. Perdu dans les mots. Perdu face à une situation que je ne comprenais pas encore pleinement. J’avais peur de mal faire, peur de ne pas en faire assez, sans savoir sur quoi réellement agir.
Concernant sa mort, il y a une enquête en cours. Je ne peux pas en parler.
Après, il y a eu le vide.
Un vide immense. Et une solitude terrible.
C’est après sa mort que j’ai compris à quel point ces substances étaient actives, addictives, destructrices pour l’esprit. Comprendre ça trop tard est une douleur supplémentaire.
Mon deuil est difficile.
Il est lourd, constant, parfois épuisant.
J’ai fini par accepter que je ne pouvais pas traverser ça seul et j’ai accepté un soutien médical. Pas pour oublier. Pas pour effacer. Mais pour tenir, pour continuer à vivre avec cette absence sans m’effondrer à mon tour.
Aujourd’hui, ce qui me fait le plus mal, ce n’est pas seulement son absence.
C’est de ne pas avoir compris plus tôt ce à quoi nous avions affaire.
De l’avoir vu s’effondrer en trois ans, sans avoir les clés pour agir autrement.
Il est mort en 2025.
Et il me manque. C’est tout.


