Témoignages anonymes
Assomax et Allez Viens Théo échangent sur le deuil, le soutien entre proches et le besoin de sortir du tabou.
11 juin 2026
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Se reconstruire après s’être perdu
« Je pensais tourner une page de ma vie. Je ne savais pas que j’allais me perdre. »
J’ai fait mon coming out en 1998. Deux ans et demi plus tard, j’ai rencontré l’homme avec qui j’allais construire ma vie. Nous nous sommes pacsés et sommes restés ensemble pendant 21 ans. Nous avions onze ans de différence d’âge. Pendant longtemps, j’ai connu une vie stable, avec des repères, une histoire de couple solide, quelque chose de rassurant. Puis, vers la fin, c’est devenu plus compliqué. Avec le temps, nous n’avions sûrement plus les mêmes envies ni les mêmes attentes. La séparation a fini par arriver.
Quand cette relation s’est arrêtée, je me suis retrouvé complètement perdu. Avec le recul, je crois que je n’étais pas préparé à me retrouver seul. Dans notre couple, c’était lui qui gérait beaucoup de choses du quotidien, notamment les papiers administratifs. Moi, je n’avais plus vraiment de repères. Financièrement, je ne pouvais pas vivre seul, alors je me suis retrouvé en colocation avec un ami hétéro qui ne comprenait pas vraiment mon monde ni ce que je traversais. Je me sentais seul, déplacé, comme si je ne savais plus très bien qui j’étais.
À cette époque, j’ai voulu avancer, rencontrer du monde, essayer de reconstruire quelque chose. Je découvrais un univers qui m’était complètement étranger. Les applications, la rapidité des rencontres, certaines pratiques, certains codes… tout allait très vite. J’étais surpris par la facilité avec laquelle des gens pouvaient arriver chez vous en quelques minutes. Au début, je fumais un joint, je buvais un peu d’alcool, parfois du poppers. Je ne voyais pas cela comme quelque chose de grave.
Puis un jour, on m’a proposé de monter dans une voiture pour une soirée. Je me suis retrouvé dans ce qui était la première partouze de ma vie. J’étais complètement perdu et surtout très mal à l’aise avec mon corps. Je ne connaissais rien de ce monde-là. C’est à ce moment qu’on m’a présenté des produits comme la 3-MMC, la 4-MMC ou encore le GHB.
Au départ, cela me donnait quelque chose que j’avais perdu depuis longtemps : le sentiment d’exister. J’avais l’impression d’être plus beau, plus fort, plus désiré. Moi qui me sentais vide après ma séparation, je me retrouvais à fréquenter des hommes que je trouvais magnifiques. Cela me donnait une confiance artificielle mais extrêmement forte. J’avais l’impression d’avoir retrouvé une place.
Mais progressivement, les choses ont changé. Je me suis aperçu qu’il ne s’agissait plus seulement de soirées ou de liberté. Petit à petit, tout prenait plus de place. Le sexe occupait mes pensées en permanence. Certaines pratiques devenaient des obsessions. Je me suis rendu compte qu’en dehors de cet univers, je ne savais plus quoi faire. J’avais l’impression que sans ça, plus rien n’existait vraiment.
Avec le recul, les signes étaient pourtant là. Financièrement, je n’arrivais parfois même plus à m’acheter à manger ou un paquet de cigarettes. Je dormais peu, je mangeais moins, je ne pensais plus qu’aux prochaines rencontres, aux prochaines consommations, à ce monde dans lequel je me sentais accepté. J’ai aussi découvert à quel point certaines personnes étaient elles-mêmes prises dans des mécanismes très destructeurs.
Quand ma famille a compris ce qui se passait, cela a été extrêmement difficile. Ils ont voulu m’aider mais ils étaient complètement dépassés. Ils ont essayé de me protéger de manière très brutale, en me ramenant de force, en essayant de contrôler mes sorties. Aujourd’hui, je pense qu’ils souffraient eux aussi et qu’ils ne savaient simplement pas comment faire. À cette époque, je n’étais pas prêt à être aidé. La drogue me manquait énormément. Les soirées aussi. J’avais le sentiment qu’on m’arrachait quelque chose dont je ne pouvais plus me passer.
Alors j’ai manipulé mon entourage pour leur faire croire que tout allait bien et j’ai fini par retourner à Nice. Je croyais encore que je pouvais gérer. Mais en réalité, je me suis encore davantage perdu. Je voulais toujours recommencer. Les produits, les soirées, les rencontres, tout cela occupait ma vie entière. Chez moi, il y avait constamment du monde. J’avais parfois l’impression d’exister à travers cela, d’être entouré, reconnu, désiré.
Puis un jour, j’ai compris que quelque chose était en train de basculer définitivement. Le matin, il me fallait déjà quelque chose pour tenir. Les nuits blanches devenaient normales. Je ne mangeais presque plus. Je me sentais en danger chez moi. Les personnes autour de moi n’étaient pas vraiment des amis ; beaucoup étaient elles-mêmes perdues ou dépendantes. Quand j’ai commencé à vouloir reprendre de la distance, cela s’est mal passé. J’ai commencé à recevoir des menaces.
Je crois que c’est à ce moment-là que j’ai compris que je pouvais mourir. Je le sentais profondément. Deux amies ont alors pris une décision à ma place : elles m’ont payé un billet de bus et m’ont dit de partir. Ce départ m’a probablement sauvé la vie.
Quand je suis arrivé ici, je pensais encore pouvoir m’en sortir seul. Mais peu à peu, j’ai compris que je ne pouvais pas continuer comme ça. J’ai rencontré des personnes qui connaissaient le monde des addictions, parce qu’elles y avaient déjà été confrontées dans leur entourage. Pour la première fois, je me suis senti compris sans être jugé.
Petit à petit, j’ai accepté de prendre un traitement. On m’a appris à avancer un pas après l’autre, à reprendre confiance en moi, à reconstruire quelque chose de stable. J’ai dû réapprendre beaucoup de choses, y compris une sexualité sans produit. Ce n’est pas facile. Il y a encore des jours compliqués. Certaines odeurs, certains souvenirs, certaines sensations me ramènent parfois à cette époque.
Mais aujourd’hui, je sais aussi une chose : la personne que j’étais sous produits n’était pas la bonne version de moi-même. Sous substances, on devient très manipulable. On perd peu à peu ses limites, ses repères, parfois même une partie de sa personnalité.
J’ai aujourd’hui 48 ans. Je ne dirais pas que tout est facile ou que tout est gagné. Je crois qu’on reste toujours vigilant. Mais j’ai choisi de me battre. Au début, je pensais le faire pour les autres, pour retrouver ma famille, réparer ce qui avait été abîmé. Puis on m’a appris quelque chose d’essentiel : pour guérir, il faut aussi apprendre à s’aimer soi-même.
Petit à petit, j’y arrive. Aujourd’hui, je fréquente des personnes bienveillantes, des gens sains, qui m’aident à reprendre confiance et à me redécouvrir autrement. Et je peux dire, avec humilité, que je crois être sur le bon chemin.
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Je ne pensais pas que cela pouvait m’arriver.
Pendant longtemps, j’ai pensé que ma consommation faisait partie de ma vie sans vraiment la détruire. Comme beaucoup, ça n’a pas commencé brutalement. Au début, il y avait les rencontres, le besoin de se sentir moins seul, moins stressé, plus désinhibé.
Le chemsex a pris une place progressivement. Puis les produits aussi.
J’ai commencé par la cocaïne, puis sont arrivées les cathinones de synthèse, notamment la 3-MMC, puis plus tard l’alpha-PVP, aussi appelée parfois flakka. Il y avait aussi le GHB/GBL, dans un contexte sexuel ou festif. Avec le temps, les consommations sont devenues plus fréquentes, plus longues, plus difficiles à contrôler. Il y a eu le slam, les week-ends qui durent plusieurs jours, les moments où l’on pense encore gérer alors qu’en réalité quelque chose nous échappe déjà.
J’ai essayé plusieurs fois d’arrêter. J’ai fait des cures. Il y a eu des périodes d’abstinence, des moments où je pensais reprendre le contrôle. Puis des rechutes. La culpabilité. La honte. Cette impression de recommencer ce que je m’étais promis de ne plus refaire.
En octobre 2024, ma vie a basculé.
J’étais seul chez moi. J’avais consommé de l’alpha-PVP (flakka). Ce qui a suivi reste difficile à expliquer à quelqu’un qui ne l’a jamais vécu. J’ai commencé à avoir des hallucinations visuelles et auditives très fortes. Je voyais des choses qui me semblaient totalement réelles. J’étais persuadé d’être en danger. À ce moment-là, je n’avais plus aucun recul sur la réalité. Je ne pensais pas mourir. Je pensais fuir quelque chose qui me terrorisait.
Je me suis jeté du deuxième étage de mon immeuble.
Je me suis réveillé après une réanimation, avec des fractures multiples, des opérations, des mois d’hospitalisation et de rééducation devant moi. J’ai dû réapprendre à marcher. Comprendre ce qui venait de se passer. Accepter aussi que ce n’était plus “une mauvaise période” ou “une consommation festive”. Mon addiction avait pris une place immense dans ma vie.
Le plus dur n’a pas seulement été l’accident.
Le plus dur, c’est ce qui vient après : les douleurs, les démarches, la peur, les cravings, les moments où l’on vacille encore. Le sentiment d’avoir perdu une partie de sa vie. Les difficultés financières liées à la consommation. La culpabilité de se dire qu’on a parfois tout mis en danger. Et malgré tout, continuer d’essayer d’avancer.
Je témoigne aujourd’hui parce que je crois qu’on comprend encore mal ce que certaines drogues de synthèse peuvent provoquer, notamment les cathinones. Derrière le mot “consommation”, il y a parfois des personnes qui souffrent, qui se débattent avec quelque chose devenu plus fort qu’elles, et qui peuvent se retrouver dans des situations extrêmes sans l’avoir imaginé.
Je ne raconte pas mon histoire pour faire peur ni pour me faire plaindre.
Je témoigne parce qu’on peut survivre et rester fragile. Parce que demander de l’aide n’est pas un échec. Parce qu’on peut avoir honte, rechuter, tomber encore, et malgré tout essayer de revenir.
Aujourd’hui, je suis encore en chemin. Rien n’est simple. Mais je continue d’essayer.
Et si mon histoire peut permettre à une seule personne de se reconnaître plus tôt, de demander de l’aide avant qu’il ne soit trop tard, ou à un proche de mieux comprendre ce qu’il traverse, alors cela aura peut-être servi à quelque chose.
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Benjamin, voilà le jour de ton anniversaire. Tu aurais eu 38 ans aujourd’hui.
Mais tu as décidé de nous quitter le 23 avril 2023.
Lors d’une soirée, tu as goûté aux NDS. Je t’avais mis en garde, mais nous avions convenu que ce ne serait que pour cette soirée.
Mais tu as continué, sans rien dire à personne. Les mensonges sont devenus de plus en plus importants pour cacher cette addiction aux NDS.
En un an et demi, tu as changé. Je ne te reconnaissais plus. Tu n’étais plus la personne que j’ai mariée.
Tu m’as fait croire à un grand désarroi dans ta vie, à une dépression, à un burn-out.
Mais au fond de toi, tu ne savais plus gérer tes prises de NDS.
Le matin de ton départ, quand je t’ai découvert sans vie, tout s’est écroulé autour de moi.
Tu nous as laissés sur le bord de la route, moi et notre fils, sans explication.
Le petit mot d’amour que tu m’as laissé reste pour moi incompréhensible.
J’ai cherché à comprendre, à savoir qui étaient les personnes que tu fréquentais sans que je le sache. Et c’est là que j’ai découvert que tu avais une addiction aux NDS.
Le message que tu as laissé à ta meilleure amie montre à quel point ces NDS t’ont détruit :
« Je ne sais plus m’arrêter, j’ai honte de moi. Didier va s’apercevoir de tout. »
Maintenant, cela fait trois ans que tu es parti, et je reste toujours avec la même question : pourquoi ?
Pourquoi je n’ai rien vu ? Pourquoi je n’ai pas compris ?
Ces nouvelles drogues de synthèse ne tuent pas seulement par overdose. Elles détruisent aussi les personnes intérieurement, jusqu’au point où elles prennent la décision de partir.
Voilà ce que je vis depuis ton départ.
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Entre 2000 et 2010, j’ai connu une époque de fêtes très intense.
C’était un monde où l’on sortait beaucoup, où les excès existaient, où les prises de risques étaient réelles. C’était parfois dangereux, mais cela ne semblait pas mortel. On vivait cette période sans imaginer qu’un danger plus profond allait s’installer.
À la fin des années 2010, quelque chose a changé.
De nouveaux produits sont apparus, notamment le GHB. Leur usage s’est installé progressivement dans certains milieux festifs. L’ambiance a évolué, les repères aussi. Certains établissements de nuit et organisateurs ont commencé à en payer le prix, sans toujours comprendre ce qui se passait réellement ni la nature des risques qui apparaissaient.
En 2011, j’ai été confronté pour la première fois à la mort liée à ces produits.
En reprenant contact avec un ami, j’ai appris que son conjoint — avec qui nous avions l’habitude de sortir en club — était décédé à cause du GHB. J’ai été profondément marqué. C’était la première fois que j’entendais une telle histoire. À ce moment-là, cela me semblait presque incompréhensible, comme un événement isolé, sans que je mesure encore ce que cela révélait.
Quelques années plus tard, en 2017, j’ai appris sur mon lieu de travail le décès d’une autre personne. Cette annonce m’a bouleversé et laissé sans mots. J’ai commencé à ressentir que ces drames se répétaient, qu’ils formaient une suite d’événements dont je ne comprenais pas encore le sens.
Le temps a passé.
Je me suis concentré sur ma vie professionnelle, tout en gardant ces histoires en mémoire. Elles restaient présentes, comme des signes discrets que quelque chose changeait autour de nous.
En 2021, un autre ami est décédé à son tour.
Il avait quitté Paris pour se mettre au vert, cherchant une forme d’apaisement. Je l’aimais beaucoup et je connaissais les blessures profondes qui l’avaient conduit sur ce chemin. Sa disparition m’a profondément touché. Elle a renforcé chez moi le sentiment que ces pertes n’étaient pas simplement des coïncidences.
Puis, en 2025, la mort est entrée dans mon cercle le plus intime.
J’ai perdu à la fois un ami et un collaborateur professionnel. J’ai essayé de l’aider autant que possible, je lui ai donné le maximum, mais je n’ai pas réussi. Le jour de son enterrement, voir ma mère et ma sœur en larmes a été pour moi un choc dont la trace reste encore aujourd’hui.
Avec le recul, ces événements ont peu à peu changé mon regard.
Ce que je pensais être des histoires isolées s’est transformé, pour moi, en une succession de pertes qui racontent quelque chose de notre époque. Un phénomène discret, difficile à nommer au départ, mais dont les conséquences sont bien réelles pour celles et ceux qui y sont confrontés.
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Je m’appelle Florian, j’ai 45 ans et je vis dans une petite ville du sud de la France.
Avant cette période sombre, j’étais une personne joyeuse, ouverte, souriante et rayonnante. J’aimais la vie, les autres, et j’avançais avec enthousiasme. Malgré un équilibre professionnel et familial qui, en apparence, était bon, une accumulation de difficultés — maladie, décès de proches, séparation sentimentale et échec professionnel — m’a peu à peu fragilisé, sans que je m’en rende compte. Avec le recul, je sais aujourd’hui que tout peut arriver, même quand tout semble stable, et que cela n’arrive pas qu’aux autres.
C’est à l’âge de 36 ans que j’ai commencé à me détruire. Dans cet état de vulnérabilité, j’ai pris un mauvais chemin, en fréquentant des personnes pratiquant le chemsex et en consommant des drogues de synthèse. Au fil du temps, je me suis perdu. Pendant sept ans et demi, j’ai perdu énormément de temps, d’énergie et, surtout, de confiance en moi. Je me suis progressivement détruit : perte du respect de ma propre personne, profonde souffrance intérieure et douleur infligée, malgré moi, à mes proches.
Le point de basculement est arrivé lorsque j’ai compris que quelque chose n’allait plus du tout, que la situation m’échappait complètement. Un événement grave a agi comme un électrochoc : des menaces suicidaires dirigées contre ma personne. À cet instant, j’ai pris conscience que j’étais allé trop loin et que ma vie était en danger. Quelque chose s’est alors retourné en moi.
La reconstruction a commencé par des décisions essentielles. J’ai arrêté le tabac en décembre 2024, puis le chemsex en janvier 2025. Pour me donner toutes les chances de m’en sortir, j’ai également fait des choix difficiles mais indispensables : j’ai changé mon numéro de téléphone afin de ne plus recevoir de sollicitations liées au chemsex, j’ai cessé de fréquenter certaines personnes que je considérais comme des amis, mais qui entretenaient en réalité ce mode de vie, et j’ai supprimé les applications qui me maintenaient dans ces schémas destructeurs.
Depuis l’arrêt du chemsex, je reprends peu à peu confiance en moi. Le sport est devenu un véritable pilier dans ma vie, notamment la musculation et le fitness, que je pratique quatre fois par semaine. Afin que cette pratique reste saine et équilibrée, je suis accompagné par un coach sportif.
En parallèle, je suis suivi par une addictologue, une sexologue et une psychologue, afin de mieux comprendre mes comportements et d’apprendre à mieux gérer mes émotions.
Aujourd’hui, je poursuis ce chemin de reconstruction avec humilité, engagement et détermination. Même si je regrette le temps et l’énergie perdus, je choisis désormais d’avancer.
À celles et ceux qui traversent une situation similaire, je voudrais dire une chose essentielle : il ne faut surtout pas culpabiliser ni s’en vouloir. Il est important d’apprendre à se pardonner les erreurs du passé. Le passé ne doit pas nous définir, mais nous renforcer. Il fait partie de notre histoire et peut devenir une force si l’on accepte de l’affronter. Pour avancer, il faut apprendre à regarder devant soi, un pas après l’autre.
Ce parcours n’est pas simple, mais il est possible. Et si mon témoignage peut apporter de l’espoir, de la vigilance ou du courage à ne serait-ce qu’une seule personne, alors il aura déjà rempli son rôle.
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Mon père est décédé dans un accident de voiture, lié à la prise de stupéfiants, lorsque j’avais 4 ans.
Je m’étais promis de ne jamais toucher à la drogue, douce ou dure. Pourtant, arrivé à l’âge de 28 ans, l’âge qu’il avait lorsqu’il est décédé, j’ai sombré dans le chemsex. J’avais besoin de soigner une plaie qui n’avait jamais cicatrisé. Je n’avais jamais fait le deuil.
Pourtant, j’étais en couple, j’avais des amis, un job, une vie sociale, mais j’ai perdu pied et s’en est suivie une longue période de descente en enfer. J’ai commencé à être absent au travail, à voir de moins en moins mes amis, à être défoncé à mon travail, etc., jusqu’à me sentir très isolé. Je me suis rendu dans un service d’addictologie à l’hôpital public, mais on m’a dit, après plusieurs séances avec un psy, que je n’avais pas de dépendance mais une conduite à risque. J’alertais en disant que ça allait mal finir et je considère que je n’ai pas été pris au sérieux !
Et 2019 fut l’année où tout a basculé : le verdict tombe, j’ai le VIH. Cet événement a réduit ma vie et la vision que j’ai de moi-même. J’ai failli divorcer, le sentiment d’isolement s’est encore plus intensifié, j’ai perdu absolument tous mes amis, j’ai perdu l’estime que j’avais de moi. Je ne me suis jamais senti aussi seul.
Mais finalement, je me suis accroché, j’ai débuté une thérapie pour essayer de comprendre, avancer, me pardonner.
Le travail a été long et difficile, mais jour après jour, je me sens mieux. Et je culpabilise moins. J’ai même eu la chance de devenir papa il y a quelques mois. Ma relation aux stupéfiants a complètement évolué puisque j’ai cessé d’en prendre, même s’il faut bien le reconnaître, le « craving » n’est jamais loin.
Petit à petit, je me reconstruis et c’est le plus important. Apprendre à s’aimer et se pardonner, c’est la clé !
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Mon histoire, c’est avant tout celle d’un amour fraternel, d’un lien indescriptible entre une petite sœur et son grand frère.
Et puis un jour, tout a basculé.
Maxime était un avocat brillant, un homme de valeurs et de principes. Il était solaire, souriant, organisé, faisant très attention à chaque détail. Hypersensible, particulièrement attentionné, aimant et profondément intelligent.
Quand il était là, il était comme un aimant d’amour. On voulait rester des heures à discuter avec lui. Empathique, avec des connaissances sur tous les sujets, amoureux de la vie, mon grand frère était un cœur, une lumière. Quelqu’un que j’ai aimé à la première seconde de ma vie et avec qui je ne faisais qu’un.
Et puis un jour, il a essayé la 3-MMC.
Et sans qu’il le sache, sans que je le sache, c’était déjà la fin.
Aucun signe alarmant avant les deux dernières semaines de sa vie.
Aucun élément inquiétant avant la veille de son décès.
Il a tout gardé pour lui. Il s’est battu seul.
En tant que petite sœur, c’est ce qui me fait le plus de mal aujourd’hui, car j’aurais tout donné pour que son combat soit le mien.
Il m’avait dit qu’il prenait, de temps en temps, quelque chose qui l’aidait à lâcher prise.
Je lui faisais confiance. Je respectais son intimité.
Je n’ai pas osé poser plus de questions. Il n’a pas osé m’en parler.
Deux ou trois discussions sur le sujet en trois ans de consommation, et à chaque fois, j’ai eu des réponses rassurantes. Des réponses auxquelles on veut croire. Surtout, rien qui pouvait me montrer qu’il y avait un problème. Rien.
Alors que nous étions fusionnels.
Alors que je pensais tout savoir.
Je ne savais, au final, rien. En tout cas pas l’essentiel : son addiction.
Peut-être une volonté de me protéger de son côté.
Peut-être, de mon côté, une confiance aveugle.
Dans le silence, face à mon frère qui fonctionnait, riait, allait travailler tous les jours, excellait dans ses missions juridiques, passait ses week-ends en Europe et dans les rues de Paris, venait nous voir régulièrement en famille, le piège s’est refermé.
Sur lui. Sur nous.
Lorsque j’ai vu les premiers signes, il était déjà trop tard, quelques jours à peine avant son départ.
J’ai essayé de comprendre, de lui en parler, d’être là.
Le jour de son décès, j’avais prévu d’avoir une discussion avec lui. Parce que j’avais compris. Compris qu’il y avait un problème, sans qu’il me le dise.
En quelques jours, j’ai vu mon frère devenir différent.
Et je n’ai pas eu le temps.
Une fraction de seconde.
Un cerveau qui n’était plus le sien.
Un accident tragique.
Un appel au 18 que j’ai passé quarante minutes après le drame, sans même le savoir.
Une chute.
La chute.
Et c’était la fin.
Son corps a dit stop.
Devoir l’annoncer à ma maman qui ne savait rien.
Comprendre tout ce qu’il y avait derrière le chemsex et la 3-MMC seulement au moment de son décès.
La culpabilité, les regrets, l’incompréhension, le traumatisme.
Et si j’avais pu sauver mon frère ?
Et si… et si.
Le cœur déchiré pour le restant de ma vie.
S’en est suivi un deuil traumatique : des reviviscences, des flashs, une enquête, l’institut médico-légal, le rapport du tribunal avec chaque détail écrit.
Ma maman qui pleure.
Et moi, qui me retrouve seule à ses côtés, sans mon grand frère.
À cause d’une ligne.
À cause d’une fois.
La fois de trop.
Il avait 31 ans.
Et il n’aurait jamais dû mourir.
Ce n’était pas lui, ce jour-là.
Les cathinones l’ont tué.
Une poudre blanche l’a détruit, sans même qu’on s’en rende compte, sans même qu’il s’en rende compte.
Elle lui a fait perdre la vie qu’il méritait tellement de vivre encore.
Et elle m’a fait perdre la moitié de mon cœur à tout jamais, alors que j’aurais dû l’avoir encore pour tellement d’années.
Je veux qu’on se souvienne de mon frère comme de quelqu’un de solaire, fort, courageux, qui a réussi sa vie, qui l’a vécue pleinement.
Quelqu’un de profondément éveillé sur lui-même, qui n’avait pas du tout le profil de devenir consommateur de drogues dures.
Cette mort en sachet emporte tout sur son passage. Tout.
Alors s’il vous plaît, pour lui, parlez à vos sœurs, à vos frères, à vos mères, si quelque chose ne va pas.
Tu me manques à chaque minute.
Alors je me battrai jusqu’au dernier jour, pour toi et pour l’éradication de ce fléau.
Ton cœur gagnera, car il bat maintenant dans le mien.
Ta petite sœur qui t’aime plus qu’elle-même.
Mon frère est décédé en 2025 à Paris.
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Je suis une maman âgée de 69 ans vivant dans le département de l’Hérault (34) , et j’ai vécu une épreuve très difficile avec mon fils, qui, après une accumulation de problèmes de santé et des décès familiaux, est tombé dans les drogues de synthèse et à pratiquer du CHEMSEX pendant 7 ans et demi.
Aujourd’hui, il s’en est sorti, et je suis profondément reconnaissante de voir qu’il va mieux.
Au début, lorsque je me suis aperçue qu’il consommait, il n’était plus comme avant. Il avait perdu sa joie de vivre et ne prenait plus soin de lui. Il était complètement perdu. Son comportement avait changé : il était plus agressif, impulsif, parfois même méconnaissable. Puis, progressivement, la situation a basculé.
Il est devenu de plus en plus agité, surtout la nuit. Il transpirait énormément, hurlait, parlait seul, tapait sur le matelas. Ces nuits étaient longues, éprouvantes, et je devais les affronter seule. J’étais inquiète, impuissante, et profondément angoissée.
Un jour, ce qui m’a le plus alertée, c’est lorsqu’il a parlé de suicide. Il a même pris un couteau en main en prononçant des paroles terrifiantes. À ce moment-là, j’ai compris que je ne pouvais pas rester silencieuse et que je devais encore plus l’aider et en parler.
J’ai alors réussi à en parler simplement à mon médecin, à ma voisine, à ma fille, avec qui je suis très proche, ainsi qu’à ma famille. Leur soutien m’a énormément aidée à tenir face à cette épreuve.
Aujourd’hui, ce cauchemar est terminé. Mon fils va mieux, il s’en est sorti, et pour cela je suis profondément reconnaissante. Je n’ai plus besoin d’aide, mais je tiens à témoigner pour les autres.
Je recommande aux familles qui traversent encore ce genre de situation de ne pas juger, de ne pas accuser, mais surtout de garder courage. Ce que j’ai vécu a été un véritable cauchemar, mais il est possible d’en sortir. La route est longue et semée d’embûches, mais l’espoir et l’amour peuvent changer beaucoup de choses.
Pierrette
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Il y a six mois, la drogue nous a arraché un proche. Il avait 32 ans. Trente-deux années, c’est peu, beaucoup trop peu pour une vie qui avait encore tant à offrir.
Tout s’est arrêté brutalement, laissant derrière lui un vide immense et des questions sans réponses.
Perdre quelqu’un à cause de la drogue, ce n’est pas seulement perdre une personne, c’est aussi perdre tous les espoirs que l’on avait pour elle, tous les lendemains que l’on imaginait. C’est vivre avec le regret de ne pas avoir pu faire plus, dire plus, aider autrement. La drogue ne détruit pas seulement celui qui consomme, elle brise aussi les familles, les amis, ceux qui aiment et qui restent.
Aujourd’hui encore, son absence fait mal. Son rire, sa voix, sa présence manquent chaque jour. Derrière les chiffres et les faits, il y avait un être humain, avec ses failles, mais aussi avec ses rêves, sa sensibilité et sa valeur. Il n’était pas défini par son addiction.
Ce témoignage est un hommage, mais aussi un rappel : la drogue tue, silencieusement et sans pitié. Et ceux qui partent laissent derrière eux un chagrin qui ne disparaît pas.
On pense très fort à toi Maxou 🤍
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Comment décrire en quelques mots notre sidération et notre impuissance ?
Nous n’avons compris l’ampleur des dégâts qu’au moment du décès de notre fils. Il est inimaginable, pour des parents, de traverser un deuil causé par les nouvelles drogues de synthèse. Mettre des mots sur ces maux reste, encore aujourd’hui, extrêmement difficile.
Nous n’accepterons jamais la souffrance morale et physique que tu as vécue ces derniers temps. Toutes les mains tendues, et pourtant elles ont été nombreuses, n’ont servi à rien. Plus fortes que nous, les NDS t’ont complètement retourné la tête et ont exercé une telle emprise sur ton corps que la dépendance était déjà installée.
Malgré des heures passées à essayer de comprendre, l’incompréhension demeure. Rien n’a été simple. Les violences verbales, et parfois physiques, gravissimes envers nous, tes parents, nous ont conduits à t’hospitaliser en urgence, pour te protéger avant tout, et pour nous protéger aussi. En vain.
Nous attendions énormément du corps médical. La déception a été immense. Nous avons eu le sentiment qu’ils étaient dépassés, sans réponses adaptées. Cette phrase continue de nous hanter : tu ne rentrais pas dans les cases. Le devoir d’assistance nous a semblé absent, laissant place à une errance profonde autour de nous.
Tu étais un enfant brillant, un adolescent en devenir, un adulte très intelligent, peut-être trop. Et sur ton chemin sont apparues ces drogues, présentées comme des solutions pour te rassurer, t’apaiser, te rendre plus performant. Nous ne saurons jamais vraiment quand le piège s’est refermé, mais il était déjà en place.
Nous ne voulons plus que d’autres jeunes, ou moins jeunes, soient confrontés à ce fléau et à ce sentiment de non-assistance. Nous savons aujourd’hui que nous ne sommes pas seuls : d’autres familles, comme la nôtre, sont endeuillées. Mais avant ton décès, nous l’étions déjà.
Énormément. Trop. Beaucoup trop. Lors de nos alertes, de nos témoignages, nous n’avons pas été pris au sérieux.
Pour tenir, pour essayer d’être plus forts, il nous faut avancer ensemble, main dans la main, porter nos souffrances sans les nier, dans l’espoir de limiter les dégâts futurs et d’imaginer un avenir plus serein pour d’autres.
L’amour restera à jamais.
Mais une part de culpabilité demeure : avons-nous fait tout ce qu’il fallait ?
Notre fils est décédé à Bordeaux à l’été 2025.
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C’était mon compagnon
On a partagé une vraie vie ensemble. Pas juste une relation. Un foyer, des habitudes, des rituels, des choses simples qui donnent un sentiment de sécurité. On se connaissait profondément. Il faisait partie de ma vie, de mon quotidien, de ce que je croyais stable.
Il était très attachant. Intelligent, vif, brillant même.
Il avait une présence particulière, quelque chose qui marquait. Parfois provocateur, parfois excessif, mais aussi capable d’une grande douceur quand on était seuls. Il aimait les rituels, les moments simples, cette complicité qui ne s’explique pas. C’est ça qui rend l’attachement si fort : on ne s’aime pas seulement, on habite la vie ensemble.
Je l’ai vu changer, lentement.
Pas d’un coup. Pas de manière spectaculaire.
D’abord un épuisement, une fatigue profonde. Une perte d’élan. Il continuait à avancer, mais je sentais qu’à l’intérieur quelque chose s’était fissuré. J’avais cette impression constante que quelque chose m’échappait, sans réussir à mettre des mots dessus.
Puis il y a eu les drogues.
Les cathinones surtout.
À ce moment-là, je ne savais pas à quel point ces produits étaient puissants et addictifs. Je n’en mesurais pas les effets réels. Je voyais bien que son esprit changeait, qu’il se refermait, qu’il devenait plus rigide, enfermé dans des pensées répétitives, incapable de prendre du recul. Mais je ne comprenais pas encore ce que ces substances faisaient réellement à l’esprit.
Le moment où j’ai compris que c’était grave, c’est quand j’ai réalisé que ça ne passerait pas tout seul.
Entre son burn-out, l’absence de vraies protections, et l’effet visible des produits, je l’ai vu s’enfermer de plus en plus. Et moi, je ne savais plus quoi faire. J’étais là, présent, inquiet, mais dépassé. Complètement dépassé.
J’ai essayé de l’aider. Vraiment.
Je lui ai parlé, je l’ai alerté, j’ai essayé de l’orienter vers de l’aide. Je suis resté, même quand c’était dur, même quand j’étais fatigué.
Mais je fonctionnais encore, sans m’en rendre compte, dans un cadre de pensée très culpabilisant, celui que la société renvoie souvent : volonté, choix, responsabilité individuelle. Je n’avais pas compris que ces produits pouvaient altérer profondément le discernement et enfermer quelqu’un mentalement.
Je l’ai compris après sa mort, et cette prise de conscience me fait aujourd’hui très mal.
Ce qui m’a aussi profondément marqué, c’est d’avoir eu le sentiment que les médecins eux-mêmes étaient parfois aussi perdus que moi.
Je cherchais des repères, des réponses, une direction claire, et je me heurtais souvent à des limites, des hésitations, des silences. Ça renforçait ce sentiment d’être seul face à quelque chose de trop complexe.
En tant qu’aidant, je me suis senti perdu.
Perdu dans les décisions. Perdu dans les mots. Perdu face à une situation que je ne comprenais pas encore pleinement. J’avais peur de mal faire, peur de ne pas en faire assez, sans savoir sur quoi réellement agir.
Concernant sa mort, il y a une enquête en cours. Je ne peux pas en parler.
Après, il y a eu le vide.
Un vide immense. Et une solitude terrible.
C’est après sa mort que j’ai compris à quel point ces substances étaient actives, addictives, destructrices pour l’esprit. Comprendre ça trop tard est une douleur supplémentaire.
Mon deuil est difficile.
Il est lourd, constant, parfois épuisant.
J’ai fini par accepter que je ne pouvais pas traverser ça seul et j’ai accepté un soutien médical. Pas pour oublier. Pas pour effacer. Mais pour tenir, pour continuer à vivre avec cette absence sans m’effondrer à mon tour.
Aujourd’hui, ce qui me fait le plus mal, ce n’est pas seulement son absence.
C’est de ne pas avoir compris plus tôt ce à quoi nous avions affaire.
De l’avoir vu s’effondrer en trois ans, sans avoir les clés pour agir autrement.
Il est mort en 2025.
Et il me manque. C’est tout.
Témoignage Vidéo
Assomax et Allez Viens Théo échangent sur le deuil, le soutien entre proches et le besoin de sortir du tabou.
11 juin 2026



