Derrière les overdoses : le chemsex, une crise encore mal comprise en Europe
Face sombre de la scène chemsex en Europe : des participants laissés pour morts et des médecins à bout, alors que les applications de rencontres alimentent une crise mortelle
Le chemsex est en hausse en Europe, laissant dans son sillage une traînée de morts, alors que médecins et associations tirent la sonnette d’alarme face à une « épidémie » dangereuse.
Mais des survivants de cette pratique largement passée sous silence ont déclaré au journal que ce n’était que le début.
Le chemsex consiste à intensifier les rapports sexuels grâce à des drogues puissantes — et il s’est répandu dans certaines parties de l’Europe, suscitant l’inquiétude des médecins et des militants.
Son essor est lié aux réseaux sociaux et aux applications de rencontre, où les usagers peuvent se procurer des substances puissantes et organiser des « sessions » en quelques minutes.
Derrière l’euphorie alimentée par la testostérone se cache une réalité sombre — avec des risques d’addiction, d’infection au VIH, d’exposition à la violence et de décès par overdose.
Les experts alertent depuis longtemps sur ces dangers, mais la plupart des décès liés au chemsex sont enregistrés comme de simples overdoses, ce qui rend l’ampleur réelle de la crise largement inconnue.
À Londres, la police métropolitaine a signalé trois décès liés au chemsex par mois en 2023 — les derniers chiffres disponibles — et ces chiffres devraient désormais dépasser des niveaux records, selon ITV.
Pendant ce temps, des centaines d’usagers cherchent de l’aide chaque année en Espagne, notamment à Barcelone et Madrid.
Amsterdam et Berlin sont également des villes où la scène se développe rapidement.
Mais en France, le phénomène constitue une « crise sanitaire », selon des associations — avec des médecins incapables de faire face au nombre de personnes demandant de l’aide.
On estime que 200 000 personnes pratiquent le chemsex en France — mais les associations estiment que ce chiffre est probablement bien plus élevé.
Au quotidien, le chemsex a marqué la capitale, avec une personne mourant chaque semaine selon l’association parisienne Chems Pause.
Le fondateur Jean-Patrick Fabre, qui a perdu cinq amis à cause du chemsex, explique comment ces soirées ont détruit sa vie.
Après avoir consommé de la cocaïne dès l’âge de 17 ans, il a été introduit à de nouvelles drogues : 3-MMC, GHB (appelé « ecstasy liquide ») et méthamphétamine.
Il déclare :
« Très vite, j’ai associé ces substances au sexe. Au début, cela ressemblait à une lune de miel. »
« Ces drogues anesthésiaient mes émotions, je ne ressentais plus de honte et les pensées négatives disparaissaient. »
Progressivement, les sessions se sont intensifiées, notamment le week-end.
Elles impliquent généralement un mélange de GHB avec d’autres stimulants comme la cocaïne, la méthamphétamine et des cathinones de synthèse comme 3-MMC, 3-CMC, 2-MMC et NEP.
Les cathinones de synthèse, appelées « sels de bain », sont des stimulants puissants qui imitent la cocaïne ou la MDMA.
Il pouvait consommer jusqu’à 10 grammes de 3-MMC en quelques jours, sans dormir ni manger, en enchaînant les sessions.
Il explique :
« J’ai vécu plusieurs “G-holes” et me suis mis en danger à de nombreuses reprises. »
Un « G-hole » est une overdose à haut risque liée au GHB.
C’est un liquide incolore qui peut provoquer détente et excitation sexuelle.
Mais quelques gouttes peuvent suffire à plonger dans le coma, et un millilitre supplémentaire peut être fatal.
Le psychiatre Jean-Victor Blanc déclare :
« Les risques du chemsex sont liés aux substances utilisées. Elles peuvent provoquer un arrêt cardiaque ou un coma, notamment avec le GHB. »
« D’autres risques incluent les rapports non protégés, plus fréquents sous l’effet des drogues, ce qui augmente les infections sexuellement transmissibles. »
En mai 2023, après avoir perdu des amis, Jean-Patrick décide d’arrêter.
Il consulte un psychologue et est abstinent depuis trois ans.
Depuis, il a créé l’association Chems Pause.
Selon AIDES, neuf personnes sur dix pratiquant le chemsex sont des hommes gays, mais de plus en plus de femmes et d’hommes hétérosexuels y participent.
Le Dr Blanc indique que ce phénomène, apparu dans les années 2000 à Londres, est devenu un « problème mondial de santé publique ».
Il ajoute :
« En France aujourd’hui, nous ne pouvons pas prendre en charge toutes les personnes qui demandent de l’aide, faute de ressources. », « Les services spécialisés sont saturés. »
La tragédie dépasse les personnes directement concernées.
Le compagnon de Pierre Bain, Maxime, a commencé à pratiquer le chemsex sans qu’il le sache.
Maxime avait 32 ans lorsqu’il est décédé dans un appartement à Bordeaux lors d’une soirée.
Une enquête est en cours.
Pierre déclare :
« Au début, je ne comprenais pas vraiment ce qui se passait. Puis j’ai vu son état se dégrader progressivement. »
« Quelqu’un que je connaissais bien changeait, se perdait, s’éloignait de lui-même. Je suis resté à ses côtés parce que je l’aimais. »
« J’ai essayé de l’aider, de comprendre, de le sortir de ces situations. »
« J’ai essayé de le protéger plusieurs fois. Mais il y a des moments où l’on se retrouve seul face à quelque chose qu’on ne peut pas contrôler. »
Le chemsex est largement organisé via des canaux numériques, notamment des applications comme Grindr, qui facilitent l’accès aux substances.
Dans ces espaces, l’usage est souvent normalisé et proposé sans avertissement.
Pierre ajoute :
« Ces situations se développent souvent discrètement et restent mal comprises, surtout par les familles. Les signes ne sont pas toujours reconnus à temps. »
« Mais derrière ces situations, il y a des vies, des histoires, des personnes qui comptaient. »
À Bordeaux, cinq personnes ont fait des overdoses en huit semaines, dont trois sont décédées.
Beaucoup de ces drames pourraient être évités, selon Pierre, fondateur d’ASSOMAX.
Jean-Luc Romero explique que son compagnon Christophe est mort d’une overdose lors d’une soirée, sans qu’il sache qu’il consommait.
Il déclare :
« C’était terrible. Je n’en avais aucune idée. La personne avec lui n’a pas appelé les secours par peur de la police. »
« Il y a un tabou et beaucoup de honte, comme au début du sida. »
« Le gouvernement doit agir. »
Au Royaume-Uni, les décès liés au chemsex ne sont pas enregistrés comme tels par le NHS ou les statistiques officielles.
Le service d’ambulance de Londres estime qu’au moins un appel par jour est lié à ces substances.
Mais le chemsex n’est pas une cause officielle de décès — seule l’overdose est comptée — ce qui masque l’ampleur du phénomène.
En Espagne, les professionnels observent une aggravation.
Un psychologue indique que plus de la moitié des usagers ont déjà injecté, avec des complications plus graves.
Depuis 2022, ils constatent une augmentation des troubles psychotiques et des délires.
Un médecin ajoute :
« Nous ne connaissons pas le nombre de personnes qui meurent du chemsex. »
En France, des survivants et des familles endeuillées demandent des changements, via des associations d’aide et de prévention.
Pierre conclut :
« Demander de l’aide commence par pouvoir parler sans jugement. »
« Cela implique aussi de reconnaître que ce n’est pas seulement un problème individuel, mais une réalité plus large, avec des conséquences humaines profondes. »
Publié le : 18 avril 2026
Mis à jour le : 18 avril 2026
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