Chemsex et overdoses : des années d’alertes portées par PlaySafe
Tribune de PlaySafe dans Tribu Move, à retrouver dans le numéro de novembre 2026.
PlaySafe mène depuis des années un travail de prévention et d’alerte sur le chemsex. Fondée en 2012 par Michel Mau, engagé sur le terrain depuis 2007, l’association investit le numérique dès 2017, interpelle les plateformes à partir de 2018 et alerte l’Inter-LGBT en pleine crise du Covid-19. En 2025, sa proposition d’hommage aux victimes du chemsex aboutit à une minute de silence supplémentaire à la Marche des fiertés de Paris. Les mobilisations plus récentes de proches de victimes viennent renforcer cet engagement ancien.
De la prévention de terrain à la création de PlaySafe
L’histoire de PlaySafe commence avant la création de l’association. Dès 2007, Michel Mau s’investit dans la prévention dans les lieux de fête. Il organise des soirées, collecte des fonds pour la lutte contre le VIH et met en place une présence médicale face aux malaises liés aux produits. Ce travail de terrain le confronte directement aux situations à risque et aux besoins des personnes concernées.
En 2012, il fonde PlaySafe pour donner un cadre durable à cet engagement. Président de l’association, Michel Mau défend une prévention accessible, capable d’intervenir avant que les risques ne se transforment en drames. L’expérience acquise dans les lieux de fête nourrit les actions de la structure, qui les adapte ensuite à la place croissante du numérique dans l’accès aux drogues.
Dès 2017 PlaySafe développe la prévention et multiplie les alertes
À partir de 2017, PlaySafe développe la prévention numérique. Dès 2018, Michel Mau alerte les moteurs de recherche sur l’accès aux produits et la faible visibilité des messages de santé. Les démarches de l’association concernent aussi les applications de rencontre, dont Grindr, et les magasins d’applications. PlaySafe demande que la protection des utilisateurs trouve une place concrète dans ces espaces.
L’association propose aux plateformes de travailler avec elle et avec ses partenaires, AIDES, l’ENIPSE et Aremedia. Elle s’appuie sur ses observations pour suggérer des interventions dans les parcours de recherche et d’achat. L’objectif est d’utiliser les moyens des acteurs du numérique pour rendre la prévention visible au moment où les utilisateurs recherchent des produits.
En 2018 également, Jean-Luc Romero-Michel porte le chemsex dans le débat politique après la mort de son mari Christophe, âgé de 31 ans. Il alerte sur le retard des appels aux secours, les risques du GBL, le rôle des applications et le manque de données sur les décès. Son action contribue au premier plan parisien d’information et de réduction des risques. Ces alertes politiques font écho aux préoccupations que PlaySafe porte auprès des plateformes.
En 2019, PlaySafe crée ShopGBL. Le site prend l’apparence d’un site de vente, mais aucun produit n’y est vendu : il oriente vers une information de santé au moment où une personne envisage un achat. Cette initiative donne une forme concrète à la démarche de l’association, qui cherche à atteindre des personnes échappant aux circuits habituels de prévention.
Cette mobilisation s’adresse aussi au mouvement associatif. Le 17 octobre 2020, en pleine crise du Covid-19, Michel Mau écrit à des responsables de l’Inter-LGBT un courriel intitulé « Inaction de l’INTER = MORTS ». Il y relaie les signalements, reçus sur les réseaux sociaux, de trois suicides à Paris présentés comme liés directement ou indirectement au chemsex. Dans ce message, il met en avant l’isolement et la détresse accentués par le contexte sanitaire, ainsi que le tabou entourant ces morts.
Le président de PlaySafe y dénonce une mobilisation qu’il juge trop lente depuis plus d’un an et demi et rappelle que les propositions de l’association attendent toujours des réponses. Il demande que le chemsex devienne une priorité de l’Inter-LGBT et que des actions soient engagées. Ce courriel documente l’ancienneté d’une alerte portée jusque dans les instances du mouvement associatif LGBT+.
Dès décembre 2020, PlaySafe fait établir des constats d’huissier pour documenter les faits observés en ligne. Ces preuves permettent de retracer les alertes et de suivre les réponses des acteurs sollicités, au-delà d’un rendez-vous ou d’un changement d’interlocuteur.
En 2021, PlaySafe poursuit cette démarche avec MyGrams, un autre site de prévention prenant l’apparence d’un site marchand, sans aucune vente. Ces outils illustrent le travail précurseur de l’association sur le numérique. Elle expérimente des réponses tout en continuant à interpeller les plateformes.
De 2022 à 2024 porter les preuves devant les institutions
En 2022, la contribution de PlaySafe figure dans le rapport sur le chemsex dirigé par le professeur Amine Benyamina. Elle s’appuie sur plusieurs années de prévention et d’observation. Michel Mau déplore toutefois le manque de suites données aux démarches de l’association : les pièces doivent être renvoyées, les constats réexpliqués et les interlocuteurs régulièrement relancés.
Le 15 mai 2024, Michel Mau présente les constats et les propositions de PlaySafe à l’Assemblée nationale, dans le cadre du groupe d’études VIH et sida, en présence notamment de l’Arcom et de Google France. Les demandes portent sur les moteurs de recherche, la publicité et les applications. Le président de l’association espère alors que ces échanges permettront un suivi durable du dossier.
La dissolution de l’Assemblée nationale, en juin 2024, interrompt cet élan. Selon Michel Mau, le dialogue se poursuit un temps, sans déboucher sur la continuité politique attendue, puis les discussions cessent à nouveau. PlaySafe maintient sa veille et ses démarches, tout en consacrant une part importante de son travail aux relances.
D’autres voix prennent également leur place dans le débat. En 2024, Jean-Luc Romero-Michel prolonge son action avec le manifeste « Urgence Chemsex ». La même année, Jean-Patrick Fabre, pair aidant marqué par la disparition de plusieurs amis, crée Chems Pause avec Sébastien Quenu. Il alerte sur les addictions et les décès. Cette parole contribue à déstigmatiser les personnes concernées et à rendre leurs expériences audibles.
En 2025 faire reconnaître les victimes et renforcer l’alerte
Le 26 mai 2025, Michel Mau transmet à nouveau son courriel de 2020 à l’Inter-LGBT et à la plénière préparant la Marche des fiertés. Au nom de PlaySafe, il demande que l’hommage rendu pendant la Marche soit étendu aux victimes du chemsex et que leur mémoire trouve aussi sa place sur le podium d’arrivée. L’association souhaite rendre ces morts visibles auprès des communautés LGBT+ comme des pouvoirs publics.
Cette proposition de PlaySafe aboutit : depuis 2025, une minute de silence supplémentaire est observée lors de la Marche des fiertés de Paris, portant ce temps de recueillement à quatre minutes et y inscrivant la mémoire des victimes du chemsex. L’association participe aux échanges de juin 2025 sur le texte de l’hommage. Pour PlaySafe, cette reconnaissance publique donne une place à des deuils trop souvent tus et constitue un résultat concret de son engagement.
Les proches renforcent eux aussi cette alerte. En avril 2025, Sonia Martin parle publiquement de son fils Maxime, mort à 25 ans en 2022 après une overdose de cocaïne, dans un autre contexte que le chemsex. Dans le Lot, Nicole et Xavier Bony perdent leur fils Théo, 28 ans, en juin 2025. Ils créent Allez viens Théo et font de la prévention auprès des jeunes. Ces engagements rappellent que les overdoses touchent des milieux différents et que les familles ont aussi un rôle essentiel à jouer dans la prévention.
La mort de deux hommes prénommés Maxime en juillet 2025 conduit au rapprochement de leurs proches, facilité par Jean-Patrick Fabre, puis à la création d’ASSOMAX, association de proches de victimes des nouvelles drogues de synthèse, présidée par Pierre Bain. Leur mobilisation donne une place collective aux questions des familles et à leur volonté d’éviter d’autres drames.
À l’automne 2025, PlaySafe participe à une journée consacrée au chemsex à la Maison des Métallos, à l’initiative de l’Inter-LGBT. Les échanges abordent notamment le rôle des plateformes numériques dans les addictions. Chems Pause facilite ensuite la mise en relation avec ASSOMAX.
Ce rapprochement s’appuie sur le travail déjà engagé par PlaySafe. Son expérience de prévention et les preuves conservées au fil des démarches permettent de retracer ce qui a été observé, transmis et demandé aux acteurs concernés. Les éléments apportés par les familles complètent ce travail en éclairant les parcours, les produits consommés et les modes d’approvisionnement. Leurs récits rendent visibles les conséquences humaines des risques documentés.
PlaySafe plaide aussi pour que les proches puissent être entendus et accompagnés, sans que la honte ou le silence entourant certains décès empêchent leur parole. Leurs témoignages complètent les observations des acteurs de prévention et renforcent les demandes de recensement et d’investigation sur les morts liées aux drogues.
En 2026 faire aboutir des années de démarches
Le 6 août 2026, à Amsterdam, Michel Mau porte le plaidoyer de PlaySafe sur l’économie de l’attention à la conférence sur les droits humains de la WorldPride. Il y interroge le rôle de Grindr dans la banalisation des produits psychoactifs et les intérêts économiques susceptibles d’entrer en tension avec la protection des utilisateurs. Les constats de l’association sont ainsi présentés dans un cadre international.
Le 1er octobre 2026, l’AFP rend public le bilan du parquet de Paris : 30 overdoses mortelles à Paris en 2025 et 59 au 28 septembre 2026. Soit 89 morts en moins de vingt et un mois. Le bilan de 2026 reste provisoire, plusieurs analyses toxicologiques étant encore en cours.
Les victimes de 2026 ont entre 16 et 54 ans et appartiennent à toutes les catégories sociales. Selon les éléments rendus publics, le chemsex est avéré dans un tiers de ces décès. La cocaïne est impliquée dans près de la moitié, souvent avec d’autres produits, dont de nouvelles drogues de synthèse.
Pour PlaySafe, ce bilan souligne l’urgence des questions soulevées depuis des années auprès des plateformes et des institutions. L’association a créé des outils de prévention, conservé des preuves et porté des propositions. Les témoignages des autres lanceurs d’alerte renforcent aujourd’hui ses demandes de réponses.
Transformer les alertes en mesures de protection
Après des années de dialogue et de propositions, PlaySafe engage un rapport de force avec les acteurs du numérique. Ses courriers recommandés documentent les alertes transmises et les réponses obtenues. L’association indique avoir déposé auprès de l’Arcom des plaintes contre un moteur de recherche, un magasin d’applications et une application de rencontre. Elle demande des mesures dont les effets puissent être vérifiés.
Michel Mau inscrit cette démarche de lanceur d’alerte dans un objectif de santé publique : protéger les personnes, notamment les jeunes LGBT+ exposés à la banalisation des nouvelles drogues de synthèse, et améliorer leur accès à la prévention. Pour PlaySafe, le traitement des alertes doit pouvoir être suivi et les mesures prises évaluées.
L’engagement de PlaySafe repose sur une prévention de terrain commencée en 2007, structurée par la création de l’association en 2012, puis prolongée par un travail précurseur sur le numérique. Les mobilisations des élus, des pairs aidants et des proches de victimes apportent des expériences complémentaires à ce combat.
Michel Mau demande désormais aux pouvoirs publics et aux plateformes de répondre aux risques documentés et de soutenir les acteurs de prévention. Après des années de démarches, le président de PlaySafe attend des engagements suivis d’effets, dont l’efficacité puisse être évaluée.
Publié le : 15 octobre 2026
Mis à jour le : 15 octobre 2026
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