Partager son histoire peut aider, mais aussi raviver des blessures. Comment parler sans se retraumatiser ni blesser l’autre ?
Dire la cause d’un décès peut être difficile. Pour certaines familles, en parler permet aussi d’alerter et de prévenir d’autres drames.
Accompagner un proche en difficulté peut laisser des traces profondes. Certains aidants vivent un traumatisme durable, bien avant et après le décès.
Sidération, impression d’irréalité, fatigue extrême et confusion après un décès lié aux nouvelles drogues de synthèse. Traumatisme et deuil après un décès lié aux nouvelles drogues de synthèse.
On a partagé une vraie vie ensemble. Pas juste une relation. Un foyer, des habitudes, des rituels, des choses simples qui donnent un sentiment de sécurité. On se connaissait profondément. Il faisait partie de ma vie, de mon quotidien, de ce que je croyais stable.
Il était très attachant. Intelligent, vif, brillant même.Il avait une présence particulière, quelque chose qui marquait. Parfois provocateur, parfois excessif, mais aussi capable d’une grande douceur quand on était seuls. Il aimait les rituels, les moments simples, cette complicité qui ne s’explique pas. C’est ça qui rend l’attachement si fort : on ne s’aime pas seulement, on habite la vie ensemble.
Je l’ai vu changer, lentement.
Pas d’un coup. Pas de manière spectaculaire.D’abord un épuisement, une fatigue profonde. Une perte d’élan. Il continuait à avancer, mais je sentais qu’à l’intérieur quelque chose s’était fissuré. J’avais cette impression constante que quelque chose m’échappait, sans réussir à mettre des mots dessus.
Puis il y a eu les drogues.
Les cathinones surtout.À ce moment-là, je ne savais pas à quel point ces produits étaient puissants et addictifs. Je n’en mesurais pas les effets réels. Je voyais bien que son esprit changeait, qu’il se refermait, qu’il devenait plus rigide, enfermé dans des pensées répétitives, incapable de prendre du recul. Mais je ne comprenais pas encore ce que ces substances faisaient réellement à l’esprit.
Le moment où j’ai compris que c’était grave, c’est quand j’ai réalisé que ça ne passerait pas tout seul.
Entre son burn-out, l’absence de vraies protections, et l’effet visible des produits, je l’ai vu s’enfermer de plus en plus. Et moi, je ne savais plus quoi faire. J’étais là, présent, inquiet, mais dépassé. Complètement dépassé.
J’ai essayé de l’aider. Vraiment.
Je lui ai parlé, je l’ai alerté, j’ai essayé de l’orienter vers de l’aide. Je suis resté, même quand c’était dur, même quand j’étais fatigué.Mais je fonctionnais encore, sans m’en rendre compte, dans un cadre de pensée très culpabilisant, celui que la société renvoie souvent : volonté, choix, responsabilité individuelle. Je n’avais pas compris que ces produits pouvaient altérer profondément le discernement et enfermer quelqu’un mentalement.
Je l’ai compris après sa mort, et cette prise de conscience me fait aujourd’hui très mal.
Ce qui m’a aussi profondément marqué, c’est d’avoir eu le sentiment que les médecins eux-mêmes étaient parfois aussi perdus que moi.
Je cherchais des repères, des réponses, une direction claire, et je me heurtais souvent à des limites, des hésitations, des silences. Ça renforçait ce sentiment d’être seul face à quelque chose de trop complexe.
En tant qu’aidant, je me suis senti perdu.
Perdu dans les décisions. Perdu dans les mots. Perdu face à une situation que je ne comprenais pas encore pleinement. J’avais peur de mal faire, peur de ne pas en faire assez, sans savoir sur quoi réellement agir.Concernant sa mort, il y a une enquête en cours. Je ne peux pas en parler.
Après, il y a eu le vide.
Un vide immense. Et une solitude terrible.
C’est après sa mort que j’ai compris à quel point ces substances étaient actives, addictives, destructrices pour l’esprit. Comprendre ça trop tard est une douleur supplémentaire.Mon deuil est difficile.
Il est lourd, constant, parfois épuisant.
J’ai fini par accepter que je ne pouvais pas traverser ça seul et j’ai accepté un soutien médical. Pas pour oublier. Pas pour effacer. Mais pour tenir, pour continuer à vivre avec cette absence sans m’effondrer à mon tour.Aujourd’hui, ce qui me fait le plus mal, ce n’est pas seulement son absence.
C’est de ne pas avoir compris plus tôt ce à quoi nous avions affaire.
De l’avoir vu s’effondrer en trois ans, sans avoir les clés pour agir autrement.
Il est mort en 2025.Et il me manque. C’est tout.
Faire la différence entre le deuil et l’effacement des causes. Accepter la mort, oui. Accepter les causes, non.
Face aux nouvelles drogues de synthèse, donnons une place aux questions qui restent sans espace ni réponses claires. Créons un cadre pour penser ensemble, sans polémique.
Des « benzos » circulent hors cadre médical : somnolence profonde, amnésie, désorientation. Le risque augmente fortement en cas de mélanges.
Atteintes neurologiques, accidents de la route et chutes parfois mortelles
Appelée « Tina », la méthamphétamine peut provoquer une accélération violente, une perte de contrôle et un effondrement psychique rapide.
Cathinones : “la 2”, “la 3”, “la 4”, “MMC”, “CMC”, “NEP”, “alpha”. Comprendre leurs effets sur le cerveau, les risques neurotoxiques, l’addiction rapide et les conséquences psychiques pour les personnes et les familles.
Sites, catalogues et livreurs : des substances puissantes peuvent aujourd’hui entrer dans une maison comme des produits ordinaires, sans alerte visible pour les proches.
Décès sous drogues de synthèse : distinguer overdose accidentelle et suicide sous emprise chimique pour mieux comprendre, nommer et accompagner les familles.
Aujourd'hui, dimanche 14 décembre 2025 Nous avançons lentement, volontairement. Parce que derrière chaque date, il y a des personnes, des familles, des proches. Et parce que personne ne devrait traverser cela seul(e).
Après un décès brutal, comment continuer à vivre ? Un texte ouvert pour les familles et proches confrontés à l’après, sans mode d’emploi.
Décès brutaux, traumatismes, culpabilité, stigmatisation et repères pour les familles endeuillées
Isolement, consommation cachée et absence d’alerte possible avant le drame.
Honte, secret et idées fausses qui enferment et retardent la demande d’aide.
Être aidant face à l’addiction : comprendre la charge, l’épuisement, la culpabilité et pourquoi les aidants ont eux aussi besoin de soutien.


















