Overdoses à Paris : la parole d’une proche dans Le Parisien
Premier article : « J’ai vu la mort et c’était horrible » : consommateurs de drogues ou proches, ils racontent le drame de l’overdose (Le Parisien, 12 octobre 2026)
Deuxième article : « Plus l’apanage des junkies » : pourquoi les overdoses mortelles « explosent » à Paris (Le Parisien, 12 octobre 2026)
PRÉCISION D’ASSOMAX
ASSOMAX TIENT À RAPPELER QUE CORINNE, BELLE-MÈRE DE MAXIME, EST MEMBRE DE L’ASSOCIATION. SON ENTRETIEN AVEC LE PARISIEN A DURÉ 45 MINUTES. LES DEUX FORMULATIONS FORTES RETENUES DANS L’ARTICLE POUR DÉCRIRE LES PRODUITS ET LE COMPORTEMENT DE MAXIME PEUVENT TROUBLER, CAR ELLES NE RESTITUENT PAS EXACTEMENT LE SENS QU’ELLE SOUHAITAIT DONNER À SON TÉMOIGNAGE.
LES MOTS EMPLOYÉS PAR CORINNE TRADUISENT AUSSI UNE DIFFICULTÉ PLUS LARGE QUE SOULÈVE ASSOMAX : POUR LES PARENTS ET LES PROCHES, Y COMPRIS APRÈS LE DÉCÈS, IL EST SOUVENT TRÈS DIFFICILE DE TROUVER LES MOTS JUSTES ET DE COMPRENDRE LES MÉCANISMES DE CES PRODUITS. CERTAINES EXPRESSIONS SONT ALORS UNE MANIÈRE DE DIRE LE DÉSARROI, LA SOUFFRANCE ET L’INCOMPRÉHENSION, PLUTÔT QU’UNE DESCRIPTION PRÉCISE DES SUBSTANCES OU DU COMPORTEMENT DE LA PERSONNE DÉCÉDÉE.
CETTE DIFFICULTÉ REFLÈTE SURTOUT UN MANQUE DE CONNAISSANCES SUR UN NOUVEAU MARCHÉ DES DROGUES, ENCORE TRÈS MAL CONNU DES FAMILLES ET PLUS LARGEMENT DU PUBLIC. C’EST L’UN DES PROBLÈMES MAJEURS QU’ASSOMAX SOUHAITE METTRE EN LUMIÈRE.
« J’ai vu la mort et c’était horrible » : consommateurs de drogues ou proches, ils racontent le drame de l’overdose
Par Salomé Vincendon et Max Blanc – Le 12 octobre 2026 à 08h10
Le parquet de Paris a pointé la semaine dernière une hausse inquiétante du nombre d’overdoses mortelles à Paris. Thomas 26 ans, a ainsi cru mourir en septembre après avoir consommé un produit encore inconnu. Comme d’autres, il nous raconte.
Thomas, 26 ans, enchaîne les joints de cannabis quotidiennement, facilement 5 à 6 par jour, parfois plus. « J’ai aussi testé plein de drogues, sans jamais de trop mauvaises expériences », raconte-t-il au Parisien. Pourtant, au début du mois de septembre, le jeune parisien a fait une « surdose », mieux connue sous le nom « d’overdose », après avoir tiré quelques lattes sur un joint.
Cet épisode est aujourd’hui loin d’être marginal dans la capitale. La semaine dernière, la procureure de Paris, Laure Beccuau a alerté sur une « explosion » du nombre d’overdoses mortelles. Le parquet recensait, au 7 octobre, 61 décès par surdose à Paris depuis janvier, contre 30 sur l’ensemble de l’année 2025.
Une overdose n’est pas forcément mortelle. « C’est le fait de prendre un produit qui vient saturer les récepteurs opiacés et qui peut entraîner un arrêt cardio-respiratoire », explique au Parisien Amine Benyamina, psychiatre addictologue, président d’Addictions France, « par extension de langage, on peut parler d’overdose avec les psycho stimulants ». On peut avoir une overdose dès la première prise, « si on est sensible et si le produit est extrêmement dosé alors qu’on n’est pas habitué. Ou encore quand on change de produit, l’organisme étant habitué à un autre », indique l’addictologue.
Thomas a ainsi fait une overdose après avoir commandé de la « beuh qualitative » avec le dealer d’un ami dont il n’avait pas l’habitude. Avant de se rendre à un concert il décide de tirer « l’équivalent de deux lattes » sur le produit, pas grand-chose pour cet habitué. Pourtant « au bout de 20 secondes, je me suis assis et j’ai dit à mes potes : là, ça va pas du tout ». Le temps lui semble déformé, il est pris de palpitations intenses, de vertiges, a des expériences de mort imminente… « Mon cerveau n’arrivait plus à gérer, j’étais dans un état horrible ».
Ses proches appellent les secours, pendant que lui se sent partir. « J’ai dit au revoir à mes meilleurs amis qui étaient là, je leur ai dit de dire au revoir à ma famille… J’ai vu la mort et c’était horrible. Pour moi, c’était la fin », confie-t-il, encore secoué.
« Paris c’est l’île de la tentation pour le chemsex »
Pris en charge rapidement par les pompiers, il sort vite de cet état second. Mais il ne comprend pas : lui, l’habitué des joints, comment a-t-il pu faire une surdose de drogue avec si peu ? Il fait donc analyser ce qui lui reste de cannabis. « Au test, on m’a confirmé que ce n’était pas du THC (molécule du cannabis) », explique-t-il. Il attend actuellement des résultats complémentaires pour comprendre ce qu’il a consommé. D’après ses réactions, il pourrait s’agir de cannabinoïdes de synthèse, des produits composés de molécules imitant les effets du cannabis, mais pouvant être beaucoup plus puissants.
« En ce moment, on a une vraie alerte sur les cannabinoïdes de synthèse, avec des effets remontés extrêmement violents » et donc des risques d’overdoses, souligne auprès du Parisien Naïra Meliava, directrice générale de l’association Oppelia et membre du conseil d’administration de la Fédération Addiction.
La moitié des surdoses dénombrées par le parquet de Paris impliquent de la cocaïne, souvent associée à d’autres drogues, principalement des produits de synthèse. Ces derniers sont « dangereux pour la santé du fait de leurs mélanges » et alors qu’on « ne connaît pas du tout les dosages », avait expliqué le parquet de Paris. Naïra Meliava alerte également sur le risque de prendre plusieurs drogues à la fois, « comme malheureusement dans les soirées chemsex où on consomme beaucoup de produits dans un court laps de temps. »
Principalement répandues dans le milieu homosexuel, ces soirées consistent à consommer des stupéfiants dans le cadre de relations sexuelles à plusieurs, et sont très répandues à Paris, confie un ancien chemsexeur ayant aujourd’hui quitté la capitale. « Si j’avais été constamment à Paris je serais mort, c’est l’île de la tentation pour le chemsex, il y en a partout », relate-t-il.
« Il pensait qu’il n’allait jamais rien lui arriver de grave »
C’est ce qui est arrivé à Maxime, décédé d’une overdose en juin 2025. Ce jeune auditeur financier au parcours sans accroc, se retrouve isolé à Paris au moment du Covid, et plonge dans l’alcool, puis la drogue. « Maxime c’était un peu la roulette russe, il consommait en pensant qu’il n’allait jamais rien lui arriver de grave, qu’il allait passer entre les mailles », raconte Corinne, sa belle-mère, cofondatrice de l’association Assomax1993 qui réunit des proches de victimes d’overdoses. « Il est entré dans un cercle vicieux, et ça lui a bouffé le cerveau », ajoute-t-elle. Il fera deux overdoses et plusieurs passages en cure. Mais dès qu’il sort, « il se remet à consommer, on était complètement démunis », se souvient Corinne.
En juin 2025, il fugue d’une clinique en addictologie où il s’était volontairement fait interner, afin de rejoindre une soirée chemsex dans un appartement. Il succombe quelques heures plus tard à une surdose à seulement 32 ans. « Il était tellement imbibé de ces saloperies qu’il n’y avait rien pour le pousser à sortir de ça », regrette Corinne.
Les signes potentiels d’une surdose, qui doivent inquiéter, sont : une perte de vigilance, une perte de conscience, des convulsions ou une sensation de poids sur la poitrine, détaille Drogues info service. Il faut alors « réagir vite », explique la plate-forme, en appelant les secours et « en indiquant bien les produits qui ont pu être consommés ». Si la drogue en cause est un opioïde (héroïne, méthadone, morphine, fentanyl, oxycodone…), il faut « appliquer sans attendre un antidote à base de naloxone ». Et dans tous les cas, pratiquer un massage cardiaque si la personne ne respire, la mettre en position latérale de sécurité si elle a perdu conscience.
Thomas a rapidement repris les joints après son expérience de surdose. « Par contre dès qu’il va y avoir un nouveau dealer ou un nouveau produit, je vais faire une micro dose et attendre, voir s’il se passe quelque chose », explique-t-il. S’il n’a pas peur pour lui, ils s’inquiètent pour les consommateurs qui se retrouveraient, à leur tour, face à une drogue non identifiée beaucoup trop forte. « Il y a clairement un problème avec certains produits, il risque d’y avoir d’autres morts. »
« Plus l’apanage des junkies » : pourquoi les overdoses mortelles « explosent » à Paris
Par Solenne Bertrand – Le 12 octobre 2026 à 08h00
Le parquet de Paris recense, au mercredi 7 octobre, 61 décès liés à une overdose dans la capitale durant l’année écoulée. Une explosion par rapport à l’an passé qui inquiète les autorités.
À Paris, les overdoses mortelles augmentent à un rythme inquiétant. Une semaine après l’alerte de la procureure Laure Beccuau, qui faisait état jeudi dernier d’« une explosion » du phénomène « sur la plaque parisienne », le parquet indique au Parisien qu’il dénombre désormais 61 décès sur l’année écoulée au 7 octobre, soit deux de plus que le comptage précédent, sept jours plus tôt. Et ce chiffre pourrait même encore être revu à la hausse ces prochaines heures, puisque le ministère public est « en attente de certains résultats toxicologiques ».
Avant même qu’elle s’achève, l’année 2026 a donc d’ores et déjà très largement dépassé 2025. L’an dernier, « seuls » 30 décès avaient en effet été comptabilisés. Pourquoi un tel doublement des décès liés à une overdose ? Les facteurs sont multiples.
La « poly-consommation »
Environ la moitié des overdoses mortelles implique de la cocaïne et celle-ci est souvent prise avec d’autres produits comme des drogues de synthèse, comme les 3-MMC, 2-MMC, Alpha-PVP ou « Monkey Dust », à « l’effet stimulant beaucoup plus fort », indique à l’AFP le commissaire divisionnaire Guillaume Batigne, chef de la brigade des stupéfiants à la préfecture de police.
Or cette « multiplicité de produits imprévisibles », selon SOS addictions, implique que les consommateurs ne connaissent pas la qualité du produit qu’ils prennent, ce qui augmente fortement les risques d’overdose. « Il peut y avoir de tout, comme des puissants neurotoxiques, qui vont causer des dégâts assez invraisemblables pour des personnes, soit qui n’en ont jamais consommé, soit qui ont un terrain compliqué, notamment au niveau cardiaque », détaille Jean-Charles Dupuy, un des vice-présidents de l’association.
Le parquet de Paris fait lui aussi ce constat du développement de nouveaux produits de synthèse avec des compositions plus dangereuses. « Les trafiquants sont toujours prêts à tout pour attirer la nouvelle clientèle, proposer des produits aux effets plus rapides avec les conséquences malheureuses que l’on connaît », souligne-t-il.
Marion Py, référente overdoses à la section chargée de la lutte contre les stupéfiants au parquet de Paris, évoque aussi la « poly-consommation » – c’est-à-dire l’usage régulier d’au moins deux substances psychoactives -, qui se traduit par le fait que le consommateur « ne va pas se limiter à un seul et unique produit, mais à plusieurs stupéfiants, ce qui augmente le risque d’overdose ».
Des contextes de consommation variés
Le professeur Amine Benyamina, psychiatre addictologue et président d’Addictions France, mentionne aussi une offre de produits stupéfiants « extrêmement importante et digitale, avec des points de deal numériques ». Un argument corroboré par le parquet de Paris, qui souligne que l’accès aux produits stupéfiants est « facilité avec le développement des centrales d’appels ». « Les consommateurs peuvent se faire livrer des produits stupéfiants n’importe où. Ils ne sont donc plus obligés de se déplacer physiquement sur un point de deal », relève le ministère public.
Quant au profil des victimes, il présente une grande variété. « Les overdoses ne sont plus l’apanage des junkies, mais peuvent concerner un peu tout le monde », insiste le professeur Amine Benyamina.
Des dires confirmés par la magistrate Marion Py, qui révèle que toutes les catégories socioprofessionnelles sont concernées et « pas uniquement des personnes isolées, ou en situation de précarité, comme on peut parfois le penser ». Parmi les décès comptabilisés en 2026, poursuit-elle, certaines victimes étaient parfois très jeunes, « essentiellement des hommes, mais les femmes sont également représentées ».
Les contextes de consommation sont eux aussi « très variés ». Ils peuvent se dérouler au domicile des consommateurs, chez des amis, à une fête, mais aussi à l’occasion de soirées « chemsex », une pratique qui consiste à ingérer des drogues chimiques pour prolonger et intensifier le plaisir sexuel. Selon le commissaire divisionnaire Guillaume Batigne, le « chemsex » est ainsi lié à environ un tiers des victimes.
Une « politique pénale ferme »
Pour lutter contre ce phénomène, le parquet de Paris – qui dénonce une forme de « banalisation » de la consommation – a déployé une « politique pénale ferme », avec des sanctions pour l’ensemble de la chaîne, « du livreur au gérant de la centrale d’appels sous la qualification d’homicide involontaire aggravé, défèrement, ouverture d’information avec réquisitions de placement en détention provisoire ».
Il souhaite aussi renforcer la prise de conscience. Dénonçant la saturation des services d’aide en matière de drogues et de dépendances, Jean-Charles Dupuy souhaite la création d’une campagne de prévention, « avec beaucoup plus d’intervenants qui se rendent dans les écoles, dans les lycées pour alerter sur la dangerosité des produits ». « La prévention reste un outil très important, car il y a urgence à agir. »
Publié le : 15 octobre 2026
Mis à jour le : 15 octobre 2026
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