Des années 1980 à aujourd’hui : Faire évoluer nos regards.

Le mardi 19 mai 2026, nous avons eu l’opportunité de rencontrer Elsa Vivant afin d’échanger autour des transformations du regard porté sur les usages de substances, à partir du constat développé dans ses travaux sur la crise des opioïdes aux États-Unis.

Nos discussions ont notamment porté sur les dynamiques de stigmatisation qui ont profondément marqué les décennies passées. Dans les années 1980, les usages de drogues étaient souvent associés à des représentations de marginalité, de criminalité ou de dangerosité. Certains publics étaient plus fortement exposés à ces représentations, largement relayées par les médias et les politiques publiques de l’époque. Les usages étaient alors principalement pensés sous un angle moral ou sécuritaire, laissant peu de place à la diversité des parcours humains et à la compréhension des vulnérabilités.

L’exemple de la crise des opioïdes aux États-Unis montre cependant une évolution progressive des regards. Lorsque les usages touchent plus largement la société, les familles deviennent progressivement visibles, prennent la parole et racontent des réalités longtemps restées silencieuses : addiction, honte, isolement, overdoses, deuils, mais aussi besoin d’aide, d’écoute et de compréhension. Peu à peu, d’autres récits émergent. L’usager n’est plus uniquement perçu à travers le prisme du danger ou de la faute, mais aussi comme une personne traversant une situation complexe, parfois au sein même de familles ordinaires.

Nos échanges ont également porté sur la place des morts dans ces évolutions. Aux États-Unis, les décès par overdose ont progressivement rendu visibles des réalités longtemps ignorées. Des familles endeuillées ont commencé à prendre la parole publiquement, à se soutenir mutuellement et à faire entendre leurs vécus. Cette parole n’a pas uniquement porté le deuil : elle a aussi participé à faire évoluer les représentations sociales des usages et à ouvrir des espaces de compréhension plus larges.

Cet échange nous rappelle qu’en France aussi, nos représentations peuvent continuer à évoluer. La crainte que parler des morts puisse renforcer la stigmatisation est compréhensible. Pourtant, parler des overdoses, des décès et de leurs conséquences ne stigmatise en rien les usagers. Au contraire, rendre visibles ces réalités humaines peut aussi permettre de mieux comprendre les parcours, les vulnérabilités et les besoins d’accompagnement.

Parler de nos morts est essentiel : non pour juger, mais pour comprendre, prévenir et permettre une mobilisation plus large de la société face à des réalités encore trop souvent silencieuses.

Publié le : 22 mai 2026

Mis à jour le : 22 mai 2026

De la stigmatisation à la libération de la parole

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