Des décès présents, mais difficilement lisibles collectivement.
Article dans la Tribune Médiapart le 3 Mai 2026.
Depuis plusieurs mois, des familles, des proches et des aidants décrivent des situations qui, sans être identiques, se ressemblent. Des décès surviennent, souvent dans des contextes complexes, mêlant consommations de substances, notamment dans des pratiques comme le chemsex, isolement, ou vulnérabilités psychiques. Chaque histoire est singulière. Mais leur répétition interroge.
Pour les proches, ces décès ne sont pas invisibles. Ils sont au contraire marqués par des faits, des dates, des circonstances précises. Ils laissent des traces profondes, des questions sans réponse, et parfois un sentiment d’incompréhension durable. Dans certains cas, les éléments existent, mais ils restent dispersés, fragmentés, difficiles à relier entre eux.
Il arrive, par exemple, qu’un décès survienne dans un contexte de consommation où plusieurs substances sont évoquées, sans que l’ensemble du contexte ne puisse être pleinement reconstitué. Dans d’autres situations, des proches décrivent une dégradation rapide ou des comportements inhabituels dans les jours précédant le décès, sans que ces éléments trouvent une place dans une lecture globale. Parfois encore, des décès sont appréhendés sous un angle unique — accidentel, psychiatrique ou autre — alors même que plusieurs dimensions coexistent.
Ce qui apparaît alors, ce n’est pas une absence de faits, mais une difficulté à les lire collectivement. Entre les approches judiciaires, médicales et sociales, les cadres d’analyse ne se recoupent pas toujours. Chacun remplit son rôle, mais l’ensemble peut laisser subsister des angles morts.
Lors des Questions au Gouvernement du 28 avril, Jean-Pierre Farandou a rappelé que la priorité devait être mise sur la protection, afin d’éviter la diffusion de produits dangereux sur le territoire national. Il a également affirmé que la réponse sanitaire devait prévaloir sur le cadre pénal dans les situations d’urgence, tout en indiquant que le gouvernement avait engagé un renforcement des dispositifs de veille et d’alerte.
Ces orientations vont dans le sens d’une meilleure prise en compte de ces réalités. Elles posent cependant une question simple : que peut observer une veille, si certains événements ne sont pas pleinement visibles dans les lectures collectives ?
Car une veille, aussi renforcée soit-elle, repose sur ce qui est identifié, qualifié, et remonté. Or, les dispositifs actuels reposent en grande partie sur des investigations médico-légales, dont la portée dépend des situations investiguées. Ce cadre est indispensable. Mais à lui seul, il ne permet pas toujours de saisir des contextes plus larges, notamment lorsque les situations impliquent des usages multiples, des environnements particuliers ou des trajectoires individuelles complexes.
Dans certains cas, aucune analyse toxicologique complète n’est réalisée. Dans d’autres, les résultats existent mais ne permettent pas, à eux seuls, de restituer les conditions réelles dans lesquelles le décès est survenu. Il arrive également que des éléments connus des proches — modes de consommation, contextes relationnels, enchaînements d’événements — ne soient pas intégrés dans une lecture globale, faute de cadre pour les agréger.
Lorsque des décès surviennent dans ces conditions — notamment en lien avec des nouvelles substances psychoactives (NPS), aussi appelées nouvelles drogues de synthèse (NDS) — leur lecture peut rester partielle, fragmentée, ou strictement inscrite dans un seul cadre. Ce décalage peut limiter la capacité à percevoir certaines répétitions.
Faut-il, dans certains cas, envisager des formes de lecture complémentaires, permettant de mieux comprendre ces décès lorsqu’ils surviennent dans des environnements complexes ? Peut-on améliorer la manière dont les informations sont agrégées, sans remettre en cause les cadres existants, mais en les complétant ?
Il ne s’agit pas ici d’accuser, ni de conclure à la place des institutions. Il s’agit simplement de poser une question : que faisons-nous des signaux faibles, lorsqu’ils sont perçus de manière répétée par celles et ceux qui vivent ces situations de près ?
Rendre ces réalités lisibles, ce n’est pas désigner des responsables. C’est peut-être, plus simplement, se donner les moyens de mieux comprendre — et, à terme, de mieux prévenir.
C’est dans cet esprit qu’est née ASSOMAX1993, une association de familles, de proches et d’aidants confrontés aux nouvelles drogues de synthèse. À travers l’écoute, les témoignages écrits et un travail de mise en compréhension collective, elle tente, à son échelle, de rendre visibles des parcours qui, trop souvent, restent isolés.
Publié le : 4 mai 2026
Mis à jour le : 18 mai 2026
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S’engager avec ASSOMAX, c’est soutenir les proches et agir pour une meilleure reconnaissance des réalités liées aux nouvelles drogues de synthèse.
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Les témoignages permettent avant tout de mettre des mots pour soi, de mieux comprendre ce que l’on a traversé.
Ils constituent une trace écrite de ce que vivent les familles, les proches, les aidants et les survivants face aux nouvelles drogues de synthèse (NDS)
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Cette page concerne les situations qui se posent en matière de droit après les faits, lorsque des questions demeurent et que le temps est passé.
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